Après le gouvernement britannique, la Fed passe à l'offensive : le Dow Jones flambe, le dollar s'enfonce

Publié le par Apprendrelabourse.org

fotolia-actualit---globe-552450-copie-2.jpgLa  Banque Centrale américaine a pris acte du ralentissement de l'économie, de son rythme modéré au 1er semestre et des effets néfastes du resserrement du crédit actuel pesant sur le marché immobilier  dans un contexte où l'instabilité des marchés financiers constitue un risque supplémentaire sur l'évolution de la croissance. La décision de baisser les taux de - 0,50 % a donc été prise pour permettre de maintenir un niveau suffisant de l'activité, le discours pragmatique laissant la porte ouverte en fonction des besoins à d'autres ajustements à la baisse et peut être dès le mois prochain comme les spéculations et les marchés l'expriment ce soir.

Après 17 hausses et 15 mois de statu quo à 5,25 %, le 18 septembre 2007 marque une inflexion nette de la politique de taux américaine et la première baisse depuis juin 2003 qui était la dernière d'une série historique entamée en 2001 qui avait porté les taux de 6,25 % à 1 %. Dorénavant positionnnés à  4,75 % pour les fonds fédéraux, le geste s'accompagne d'une baisse équivalente pour le taux d'escompte (5,75 à 5,25 %) à destination des banques soit - 1 % en quelques semaines, choses remarquable, compte tenu de la baisse de - 0,50 % déjà réalisée en août.

Anticipant une baisse mais plus fermement à -0,25 qu'à - 0,50 %, les marchés ont été favorablement surpris d'autant que la perspective pour la fin d'année va dans le même sens. Nous sommes désormais très loin, même si le discours y fait toujours référence bien sûr, des craintes sur l'inflation qui  avaient animées le début d'été, la focalisation actuelle sur le maintien de l'économie à un niveau suffisant pour encaisser les chocs de l'immobilier et du crédit étant la première des priorités.

Sur la nouvelle, le Dow Jones s'est donc envolé pour clore en hausse de + 2,51 % à 13 739,39 points, soit la plus forte hausse en près de 5 ans, porté par les financières comme J.P Morgan à + 5,59 %, Citigroup + 5,08 % ou American Express à + 4,47 %, l'euro prenant le chemin de la hausse et des 1,40 $ compte tenu d'un différentiel de taux d'intérêts entre devises ramené de + 1,25 en faveur du $ à seulement + 0,75 % ( -->
Apprendre et comprendre la bourse, la finance et l'économie : taux d'intérêt et devises) , le pétrole cassant à la hausse les 82 $ le baril et l'or prenant le chemin des 725 $ l'once à quelques encablures de son record de 20 ans réalisé l'an dernier à 730 $ (--> Flash - Once d'or : une fin d'été en surchauffe ?)


Graphe : 20H15 : la décision tombe !
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Le CAC 40 termine en hausse de + 2,02 % à 5549,35 points dans des volumes en hausse avec le soutien également des financières qui ont trouvé matière à rebond avec les premiers résultas des banques US en début d'après-midi, Lehman Brothers réalisant un meilleur 3 ème trimestre que prévu... en baisse de 2/3 % mais au-delà des attentes formant un soulagement dans la crise actuelle. Le titre flambe de + 10,01 % à NY.

  1. - Le moral des investisseurs allemands mesuré par  l'institut ZEW est ressorti à -18,1 contre -6,9 en août (plus bas depuis décembre 2006) et - 15,5 attendu. Pour la zone euro on passe à -20,3 après -6,1 en août.
  2. - Les prix à la production US ont baissé de - 1,4% en août contre + 0,6% en juillet contre - 0,3 % attendu. Hors alimentation et énergie, la hausse est de + 0,2% le double des attentes. Avec une forte chute des prix de l'énergie en 4 ans le mois dernier et un record aujourd'hui la statistique n'a pas grande valeur mais l'indice central  sans les éléments volatils montre que la hausse est toujours sous-jacente.
  3.  
A Londres la décision prise hier soir par le gouvernement de garantir via la Banque d'Angleterre les dépôts des épargnants de la banque en péril Northern Rock semble avoir porté ses fruits avec un gain de l'action de + 8,22 % à Londres et une réduction des longues queues devant les agences et succursales de celle-ci à travers le pays et à l'étranger.

Cette décision poussée par les évènements et un mouvement qui devenait incontrolé est une première historique au Royaume-Uni, la crise de 1929 n'ayant pas placé le pays dans des conditions bancaires similaires à celles de l'Allemagne ou des USA à l'époque et les années 70 avaient vu les déboires bancaires se régler en coulisses dans les salons feutrés. Il faut en fait remonter à 1866 pour retrouver mouvements et décisions comparables. L'intervention de la Banque centrale britannique que nous décrivions comme étant le pare-feu classique vendredi soir pour éviter faillite et panique devant ce qui ne pouvait apparaître au début que comme étant des retraits en bon ordre comparable à ceux subis par la banque Country Wide Financial quelques semaines en arrière aux USA se sera complètement retourné en quelques heures amenant une décision ultime du gouvernement qui a une portée qu'il convient de bien apprécier à l'avenir, la garantie de l'Etat s'ouvrant soudain implicitement à l'ensemble des engagements des banques allant bien bien au-delà de la mission de la banque centrale du pays qui est de fournir aux banques solvables les liquidités insuffisantes à un moment donné (les crédits ne pouvant être remboursés aussi vite que les dépôts peuvent être retirés, risque indissociable du métier de banquier)

Les prochaines heures nous montreront quelle digestion les marchés vont faire de la décision US et quelle appréciation aura plus largement dans les esprits la décision britannique qui rassure  mais ouvre l'engagement, la parole et la caution de l'Etat sur des sommes absolument astronomiques et recélant des interprétations potentielles comme un blanc-seing bancaire potentiel futur quelles que soient les pratiques et leurs effets.

Conclusion : Décisions positives à court terme donc mais le fait même pour les USA et l'Angleterre d'avoir ici été acculés dans leurs décisions lèvent toute une série de questions, de doutes pour le plus long terme, les plus hautes autorités semblant avoir perdu la main, subissant plus qu'elles n'agissent en définitive.  La répartition des rôles, entre les différentes autorités de tutelle et des marchés fixant théoriquement librement leurs prix et chassant par le jeu de l'offre et de la demande les mauvaises pratiques et les entités les portant, est par ailleurs sévèrement écornée dans un environnement qui a déjà connu une augmentation de son instabilité depuis quelques mois.

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