Marchés financiers : branle-bas de combat quasi général

Publié le par Apprendrelabourse.org

Les jours de parution de la statistique officielle des créations/destructions d'emploi sont habituellement le temps fort de chaque début de mois pour sonder la qualité de la croissance de la 1ère économie au monde. Cette journée n'aura pas fait exception et aura montré un panorama d'ensemble extrêmement intéressant sur les dispositions psychologiques des investisseurs et fait un rappel sur pratiquement tous les éléments à l'oeuvre depuis la crise de cet été.

D'un point de vue du marché des crédits tout d'abord, Lehman Brothers aura heureusement laissé les opérateurs 'tranquilles' avec la perspective de voir dès semaine prochaine le montant de l'augmentation de capital être dévoiléet les comptes pour le 2 ème trimestre être révélés en avance. Retour au calme et position d'attente était donc au menu du jour. Pour autant, AIG, le n°1 mondial de l'assurance, ferait l'objet selon le Wall Street Journal d'une enquête de la SEC, le gendarme de la bourse américain, au sujet de sur-estimations de produits financiers liés aux subprimes. Le titre chute à New York de - 6,32 % et constitue la plus forte baisse du Dow Jones suivi d'American Express et Citigroup à plus de - 5 %.

Le CAC 40 aura collé complètement aujourd'hui à la course du Dow Jones avec un départ haussier dans le sillage de la forte hausse hier soir de l'indice phare US qui a clôturé en hausse de + 1,73 % tout près des 12 600 points avant d'attendre la statistique majeure du jour au point d'équilibre. En Europe, la surprise aura porté sur le repli de la production industrielle allemande de - 0,8 % en avril. Celle de mars a été révisée de - 0,5 à - 0,8 %. La progression annuelle s'élève toutefois encore à + 4,8 %. Ralentissement...

Le chiffre des créations d'emplois est ressorti en baisse pour le 5 ème mois d'affilée à - 49 000 contre - 60 000 attendus avec une révision de 8 000 destructions en plus pour le mois dernier et 7 000 pour le mois de mars.

Le taux de chômage américain a connu sa plus forte hausse en un mois depuis 1986 en passant de 5 % à 5,5 % soit au plus haut depuis octobre 2004 contre 5,1 % attendu. Le nombre d'actifs a progressé de 577 000 contre seulement 173 000 le mois précédent permettant cet envol avec les destructions d'emploi depuis le 1 janvier qui s'élèvent à 324 000 désormais (accès au taux de chômage en cliquant sur le graphe 1)

La suite n'aura été que chute et érosions prononcées pour le CAC 40 qui a enfoncé bon nombre de ses supports pour finir en baisse de - 2,28 % à 4 795,32 points, toutes les valeurs étant dans le rouge affaiblies par le secteur bancaire et Crédit Agricole qui décroche à nouveau de - 9,65 % ainsi que les valeurs sensibles à la hausse du pétrole (Michelin, Air France, Renault), les valeurs énergétiques faisant par contre contre-poids.

Le pétrole (graphe 2) a connu une flambée tout à fait historique accélérant notablement son retournement haussier d'hier et établit un nouveau record absolu ce soir à près de 140 $ le baril contre un plus bas hier de 121,61 et une clôture à 127,79. La volatilité s'amplifie allègrement.


L'euro se sera envolé sur la nouvelle et cote 1,5768 en hausse de + 1,10 % amenant l''once d'or dans sa corrélation avec le dollar à regagner les 900 $.

Les taux sur le marché obligataire, en dépit des discours des banquiers centraux de cette semaine sur l'inflation et la possible hausse des taux en Europe, ont connu un repli dans le cadre d'un mouvement de course à la sécurité sur les obligations d'Etat (Flight to quality) et ce , pourtant, dans un contexte de flambée totale des prix du pétrole. Les taux à 10 ans passent ainsi de 4,5 à presque 4,40 % en Allemagne, le mouvement étant quasi nul sur le 5 ans et à la hausse sur les 'taux courts' dans l'expectative d'une prochaine hausse par la BCE. Le pouvoir sur la courbe des taux reste au marché pour la partie longue alors que la partie courte reste entre les mains de la BCE.

Aux USA, les taux refluent également mais sur toutes les échéances (sauf très courtes) mais avec une amplitude assez restreinte historiquement en pareil repli des bourses. Le repli vers la sécurité est 'plus fort' que la crainte de l'inflation mais celle-ci offre une pression assez rare sur la séance (pour mémoire : Apprendre et comprendre la finance : évolution de la courbe des taux US)
A l'inverse des mois passés où un tel chiffre aurait initié des anticipations de baisse des taux, dans un contexte de politique monétaire US déjà accommodante et avec un regain d'inflation notoire la voie est au statu quo quelque peu forcé, les velléités de baisse pour aider la croissance étant contrecarrée par celles à la hausse nécessaires pour contingenter les pressions inflationnistes sans parler de taux déjà 'bas à très bas' suivant les critères retenus (cf.
Comprendre la finance : politique monétaire restrictive ou accommodante ? )

Le Dow Jones s'écrase de 400 points en baisse de - 3,13 % à 12 209,81 points et le S&P 500 de - 3,09 % à 1 360,68 points →
S&P 500 - Analyse graphique .

Commencée avec une revisite à la lisière des affres passés de la crise du crédit, la fin de semaine n'y échappe qu'en partie mais s'y adjoint une détestable hausse du taux de chômage qui va irriguer désormais l'environnement des consommateurs, leur moral et propension à consommer. L'impact psychologique de la crise du crédit est entrain de passer dans l'économie avec un tel chiffre et glisse des investisseurs aux consommateurs. C'est le risque majeur 'pricé' (pris en compte) ce soir.

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