Crise financière : dissensions européennes

Publié le par Apprendrelabourse.org

Alors que le monde politique européen est tiraillé entre différents gouvernements souhaitant la mise en place d'un plan de renforcement du système bancaire (Les hollandais proposent une injection équivalente à 3 % du PIB) d'autres sont très hostiles comme les allemands. Ceci met clairement en relief aux yeux du monde que derrière l'unité monétaire européenne aucun gouvernement économique européen n'existe, ni Trésor européen comme aux USA. La tâche est d'autant plus dure que des nationalisations et soutiens au cas par cas ont déjà eu lieu.  Tel est le constat 'politique' qui fait débat ce jour mais qui cache largement un autre phénomène plus profond pour les financiers :

Le parlement irlandais a voté, à une large majorité, ce jour, une garantie illimitée aux principales banques du pays, 2 jours après la décision annoncée par le gouvernement et largement détaillée hier :

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Edition Spéciale : le plan irlandais ''à la suédoise'' fera-t'il des émules ?

Plutôt que de risquer une dégradation en chaîne d'un petit marché tenu par 6 banques et compte tenu de la rapidité de la dégradation économique irlandaise, l'Irlande s'engage pour 575 milliards $ à elle seule et voit passer à 242 % de son PIB ses engagements financiers totaux contre une dette nationale qui ne représentait jusqu'ici que 25 % du PIB ( > 60 % pour la France), situation saine atteinte jusque là grâce à de longues années de croissance antérieures.

Bien sûr il ne s'agit pas de décaisser cette somme en totalité et la faiblesse de la dette publique est un argument pour réagir largement et rapidement mais la physionomie financière de ce pays a été transformée du tout au tout en 48 heures et change la 'donne' autour de lui.

Plus difficile est ainsi la distorsion qui apparaît avec l'Angleterre toute proche qui voit là une concurrence naître de manière tranchée dans un contexte déjà exacerbé. La crainte est de voir des fonds en mal de refuge affluer vers l'île, Gordon Brown n'ayant relevé récemment que de 35 000 à 50 000 £ la garantie des dépôts pour les anglais.
C'est un précédent et un fait accompli qui pourrait faire tâche d'huile pour le grand voisin et qui interpelle au sein de l'Euroland, tout autant qu'il montre les différences de situation financière des différents états européens.
 
Les journaux anglais relatent ainsi des reports des épargnants vers les banques garanties par un état ou un autre (Northern Rock dispose d'une garantie illimitée suite à sa nationalisation) La confusion gagne encore avec la possibilité éventuelle d'intégrer dans le programme de garantie les banques étrangères ayant une activité importante en Irlande.

L'euro est allé toucher des plus bas d'un an à 1,3744 $ en baisse contre plus de 1,45 lundi, le doute gagnant l'Europe nettement. La BCE a maintenu son taux directeur à 4,25 %, son président soulignant le niveau absolument extraordinaire des incertitudes actuelles et a eu des propos qui laissent espérer une baisse de taux prochainement, ceci affaiblissant l'attractivité de l'euro vis à vis du dollar US.



D'un point de vue boursier, les marchés actions auront corrigé principalement en raison d'une statistique hebdomadaire du chômage US négative à la veille de la statistique officielle sur les créations d'emplois en septembre (105 000 destructions attendues) et à cause d'un ralentissement des commandes à l'industrie. Sur le graphe ci-dessus on voit qu'après le trou d'air de début d'année les - 4  % enregistrés en août forme une rupture dans un secteur qui résistait bien jusqu'ici et dont la dégradation récente se confirme (cf. La dégradation de l'économie éclipsée par le Plan Paulson ? )

Si le Sénat a voté en faveur du plan Paulson 'remanié', les marchés restent dans l'attente du nouveau vote de la Chambre des Représentants demain. Les rumeurs de faillite concernant la grande compagnie d'assurances Metlife amène le Dow Jones à chuter de plus de 3 %.

La journée de demain sera d'autant plus chargée que l'indice d'activité des services pour septembre paraîtra un peu avant les créations d'emploi.

Sur les marchés du crédit, les angoisses de faillite et les primes à la hausse pour se couvrir contre d'éventuelles défaillances gagnent les états.

Ci-contre,se trouve le graphe d'un support pour se couvrir contre la défaillance (très théorique) des obligations gouvernementales américaines qui font office de refuge pour les investisseurs. Après les pics enregistrés lors de la faillite de Bear Stearns en mars puis cet été, la nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac aura amené une nouvelle jambe de hausse, les dernières évolutions engendrant des records.

La 'prime' pour se couvrir en début d'année s'élevait à 10 000 $ pour une tranche d'emprunt  de 10 000 000 $ de l'état fédéral. Elle est actuellement supérieure à 30 000 $. 

A titre de comparaison, après que le sénateur Reid ait indiqué qu'un grand assureur était sur le point de faire faillite si le plan n'était pas voté, ces "couvertures" 'CDS' (Credit Default Swap) sont montées, pour Metlife  mais aussi pour Prudential et d'autres, aux alentours de 500 000 $ pour une tranche de 10 000 000 $ d'obligations émises par ces compagnies.



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