Piqûre de rappel avec les banques et émergence du "risque souverain" en zone euro

Publié le par Apprendrelabourse.org

Le CAC 40 perd - 1,62 % à  3 246,12 points dans une absence de volumes, une absence de nouvelles susceptibles de faire oublier les chiffres du chômage annoncés semaine dernière et dans une ambiance d'attente des premiers résultats des sociétés qui commencera ce soir avec Alcoa.

Les bancaires en Europe, en dehors de Deutsche Postbank et Banco de Bilbao Vizcaya, n'ont pas été très touchées par les difficultés sur les titres qui ont refaits surface, il est vrai surtout après la clôture des bourses en Europe.

Le marché est pris par les rumeurs concernant la direction de Citigroup et de possibles pertes très importantes au titre du 4 ème trimestre. L'action plonge à New York ce soir de - 17,04 % et rappelle les difficultés enregistrées les mois passés par le compartiment. Bank of America et elle aussi touchée à - 12,01 %. La banque d'affaires J.P Morgan Chase & Co, qui a repris en partie Bear Stearns, et dont le cours est déprimé depuis le début d'année (déjà - 20 %)  perd encore - 4,08 % sur la séance.

L'indice sectoriel des bancaires a pris en ce début de semaine une tournure assez peu engageante :




**** Ce début de semaine a aussi été marquée par la décision de l'agence de notation Standard & Poor's de placer 'sous surveillance négative' la note de crédit à long terme de l'Espagne.

Il s'agit d'une petite vague démarrée vendredi avec la Grèce et qui touche aussi l'Irlande. L'irlande est confrontée à une dégradation très rapide de ses finances publiques mais la mise sous surveillance négative n'a pas encore été activée. La perspective de la notation a été abaissée néanmoins de 'stable' à 'négative'. Les analystes manquent de visibilité sur un endettement passé de 24,8 % fin 2007 à 41,3 % fin 2008 et évoquent cette perspectives compte tenu du manque de visibilité et de la vitesse du mouvement.

Pour la Grèce, S&P rating services  place la note court et long terme 'A/A-1' sous 'surveillance négative'. Le problème identifié est la faiblesse du secteur bancaire grec très dépendant des capitaux extérieurs, rendu encore plus vulnérable par la dépréciations de ses actifs en raison de la crise, cela pouvant impacter négativement les finances publiques. La Grèce est par ailleurs structurellement confrontée à un déficit courant, à un déficit budgétaire de 3,5 % (au-delà de la norme européenne admise par le Traité de Maastricht) et la dette publique représente  90 à 100 % de sont PIB, bien au-delà des 66 % enregistrés en moyenne en Europe.

Pour revenir à l'Espagne, une des économies les plus importantes de l'Union Européenne, cette mise sous surveillance ouvre sur la perte éventuelle à terme de la note suprême 'AAA'. En cause l'endettement privé très important qui a soutenu la croissance ces dernières années actuellement en phase d'inversion avec un désendettement prononcé des entreprises et des ménages en matière immobilière. En cause également bien sûr l'affaiblissement de la perspective du déficit budgétaire et de l'endettement. Toutefois, l'Espagne bénéficie d'une situation de départ 'assez haute' avec un endettement public limité à 36 % et un excédent budgétaire en 2007. Mais là aussi la vitesse de dégradation est impressionnante et le déficit public est vu comme dépassant rapidement les limites européennes (Pour résumer la crainte de S&P : 'Après une croissance longue et soutenue de la croissance, la correction est attendue toute aussi longue et soutenue...')

La dette espagnole à 10 ans se traite désormais avec un taux d'intérêt supérieur de + 0,92 %  à celle de l'Allemagne, en hausse de près de 0,10 % sur la séance. 

                   Zone Euro : entre éclatement et attraction 

Longtemps suggérée, souvent redoutée, cela confirme que nous sommes bel et bien entrée dans la phase de réappréciation des 'risques souverains'. Ces éléments valident les nombreuses nouvelles de ces derniers mois qui ont fait glisser les risques de crédit de la sphère privée à la sphère publique. Touchant tout d'abord des pays limitrophes à la zone (Hongrie, Islande, etc...) cette phase vient frapper au sein de la zone Euro. 

Le 'risque souverain' est l'appelation donnée en matière de crédit à l'analyse de la capacité d'un pays à assurer le paiement de sa dette pour en tirer des éléments de forces et de faiblesses et situer via des notations les vulnérabilités naissantes et anticiper les possibles défaillances et autres types de 'sinistres' en terme de probabilités. C'est une des composantes du 'risque pays' auquel sont confrontées les entreprises exportatrices et qui est souvent confondu avec le risque souverain.



 → Articles parus ce week-end :

         . Comprendre l'économie : dynamique historique du déficit budgétaire américain
         .
Radiographie des taux d'épargne des ménages

Publié dans ACTUALITES BOURSE

Commenter cet article

JP GRATADOUR 13/01/2009 14:54

Que penser de la capacité de l' euro à résister aux tensions qui vont naître de ces divergences de performances économiques . Si sa vocation de monnaie de réserve semble emporter les suffrages , comment résister aux tensions qui vont se rajouter aux différences de traitement des aspects fiscaux et sociaux ? Faudra-t-il imaginer et mettre en place un système du style des monnaies vertes du temps de la Politique Agricole Commune ? A cette époque il s' agissait de tenir compte du différentiel d' évolution entre des pays + ou- agricoles et + ou - industriels , maintenant il faudrait y ajouter le + ou - de dette publique de déficit budgétaire ,  de différentiel fiscal et social . Joyeux bazar !

Gilles Caye 13/01/2009 15:55


L'eurosystème est ainsi bâti qu'il concentre déjà l'ensemble des pressions et tensions sur les différentiels de taux entre pays. Tous les types de différentiels que vous citez parmi d'autres
convergent sur les taux. C'est une belle machine montée sur de beaux amortisseurs qui s'adapte de la sorte ainsi depuis 10 ans mais jusqu'à ce que l'on rencontre un terrain trop bosselé et
là...

... ça ne peut indéfiniment continuer comme cela à ce rythme :

http://www.aft.gouv.fr/IMG/pdf/Spreads_19_dec_2008.pdf

sans mettre en difficulté la monnaie,

d'autant qu'on est entrain de permettre le dépassement des critères qui ont permis sa mise en place (même le Ministre allemand des Finances vient de reconnaître que le déficit budgétaire
dépassera les 3 % d'ici quelques mois)

Cependant, il y a encore des réserves car le taux de la BCE a été abaissé graduellement à la différence de la Fed ou de la BoE. A 2,5 %, il reste de la marge. L'épreuve de force viendra en cas de
taux se rapprochant de ceux qu'on rencontre aux USA, en Suisse ou au Japon, soit proches de zéro. Le marché aura face à lui alors une devise qui n'a pas d'état unique en face de lui, ni ministère
des finances, ni trésor européen ni de banque centrale pouvant financer les états puisque c'est interdit à la BCE (ça peut changer, nécessité faisant loi depuis quelques mois ...)

Pour l'heure, l'euro a la chance via une politique de taux qui traîne les pieds à la baisse de se dégrader moins vite que beaucoup d'autres. En des temps où une chose qui se dégrade moins vite
qu'une autre peut rapidement faire figure de refuge, l'euro ne se porte pas si mal.

Se dégrader moins vite que  les autres est le défi actuel. A ce titre, je ne suis pas sûr que l'évocation de son élargissement à des pays
en proie à des difficultés soit de nature à renforcer l'euro.

Voici une autre 'lecture' :

Peu de gens savent que le capital de la BCE est détenu à un peu moins de 70 % seulement par les banques centrales des pays membres de la zone euro. 30 % sont détenus par des pays limitrophes
susceptibles de la rejoindre tôt ou tard. La Banque d'Angleterre détient 14,51 % de la BCE alors que la Banque de France n'en détient que 14,22 %...
Plus évocateur encore : 33 % du capital est détenu par l'Allemagne et la France et 30 % par les pays limitrophes dont beaucoup connaissent de grands vents actuellement.  Sous cet
aspect, l'euro est ainsi presque autant une monnaie déjà 'construite' qu'une monnaie encore en construction même si les pays membres ont des prérogatives supérieures en terme de décision.


A l'automne, des aides notamment pour la Hongrie qui détient 1,38 % de la BCE ont été consenties par elle et ont donné une perspective assez peu favorable. ça a pesé sur l'euro. Ajoutez y la
Belgique qui a un peu tangué avec Fortis, la Grèce, l'Irlande et l'Espagne et vous avez une 'proportion' en zone plus délicate qui s'est accrue pour l'équivalent de 13,78
% du capital de la banque centrale qui émet la devise. 

C'est un calcul sans doute un peu 'rigide' mais qui permet de fixer les grandes proportions sur une monnaie qui reste encore à réaliser pour partie. 

Nouvelle clé de répartition du capital de la BCE depuis le 1/1/2009 suite à l'entrée de la Slovaquie :

http://www.banque-france.fr/fr/eurosys/telechar/bce/2009/090102.pdf