Geithner et le plan de nettoyage des banques

Publié le par Apprendrelabourse.org

Après les 3 dirigeants de Citigroup, J.P Morgan et Bank of America tenant des propos rassurant sur les résultats de leurs banques pour janvier et février, de possibles limitations sur les ventes à découvert, l'étude de la révision des normes comptables pour les valorisations des actifs boursiers, l'allocution exceptionnelle télévisée de Bernanké le week-end précédent et sa tentative d'électrochoc mercredi dernier, c'est au tour de Geithner, patron du Trésor, de venir sur le tapis roulant, activé le 10 mars, des déclarations réconfortantes pour le secteur bancaire et financier.

Hier le Wall Street Journal a fait part de l'annonce imminente du plan de nettoyage des actifs douteux au sein des banques US dont les modalités ont été annoncées ce jour à mi-journée.

La solution pour désengorger les banques de leurs actifs pourris, frein à l'octroi de nouveaux crédits, consiste en un plan de 500 milliards $ pouvant s'élever à 1 000 Mds $ à terme et qui évite, sur le papier, à la fois la nationalisation, qui avait tant fait chuter la cote, et la continuation lancinante et hasardeuse du traitement de ce problème par le seul marché comme on le vit depuis de très longs mois.

 Geithner a ainsi proposé un plan qui mêle secteur privé et secteur public dans la grande tradition de la finance américaine (Cf. par exemple les cas de Fannie Mae et Freddie Mac avec leurs statuts semi-public depuis les années 30 jusqu'à la mise sous tutelle complète de l'Etat l'été dernier)

. Le nom de cette nouvelle mesure : "PPIP" pour "Public-Private Investment Program" , c'est à dire programme d'investissement public-privé. Concrètement, c'est surtout un plan "incitatif" pour faire venir les investisseurs grâce à un effet de levier via garanties ou emprunts.

Explication : Le Trésor apporterait à la base près de 100 milliards $, lesquels proviennent de la 2nd tranche du plan Paulson. A partir de cette somme et de cet engagement fédéral susceptible de faire venir à la table les investisseurs privés, Geithner compte jouer sur l'effet de levier en permettant aux investisseurs intéressés pour venir dans ces opérations de rachat à son côté, de pouvoir obtenir des prêts avec un levier maximum de 6.

Exemple : par tranche de 10 000 000 $ apportée, il sera possible d'obtenir 60 000 000 $ de prêts afin de racheter à des banques des actifs litigieux ou en souffrance. Avec une mise complémentaire de 10 000 000 $ du Trésor, chaque fonds public/privé qui sera monté pourra ainsi emprunter 120 millions $ pour ce faire au total.

Si le fonds public / Privé rachète des obligations hypothécaires, la Fed pourra réaliser le financement. Dans le cas où il s'agira de rachat de prêts immobiliers, c'est le FDIC (Fonds de garantie des dépôts) qui accordera sa garantie pour ce faire.

- L'état devient ainsi un incitateur à la base dans la formation d'entités qui vont isoler les mauvaises dettes et les mettre en quarantaine. Le plan mobilise toutes les composantes financières publiques avec le Trésor, la FDIC et la Fed pour sécuriser les investisseurs.
 
- L'état évite par ailleurs de la sorte de s'engager dans le très difficile exercice de la fixation du prix de rachat de tels actifs qui peut engager à terme le contribuable. Il laisse au secteur privé cette responsabilité. La réussite de ce plan sera  donc à la hauteur de l'entente qui se matérialisera entre banques et ces fonds public/privé sur le prix de ces actifs. Si les banques sont réticentes à brader, les investisseurs peuvent être réticents à s'engager. Mais l'essentiel est que ces actifs in-cotables et illiquides pour la plupart, vont à nouveau trouver le chemin d'un processus de fixation d'un prix via une mise aux enchères, dont l'issue formera un prix 'réel' ou un prix 'de marché' avec une confrontation acheteur / vendeur et non via un prix sorti d'une modélisation mathématique quelconque comme le marché le craignait en cas de prise en main étatique totale. De cet exercice dépend l'éventuel succès ou échec de tout le procédé.

Dans le cas où cette formule devait être un succès, il est prévu de pouvoir lever jusqu'à 1 000 Mds $ avec les financements de la Fed éventuellement en rapport, celle-ci ayant déjà un plan de financement à hauteur de 200 Mds $ pour inciter les investisseurs à racheter des obligations adossées à des crédits à la consommation (Le temps que les banques prennent connaissance des détails de la mesure, sélectionnent les actifs qu'elles souhaitent vendre et les présentent aux enchères puis que l'ensemble des transactions se fassent, il faut compter un délai d'un à 2 mois)

Après une première annonce du nouveau secrétaire au Trésor assez désastreuse en février, ce 2ème volet d'annonces est nettement plus précis et remporte les suffrages du marché sur la séance :

Le CAC 40 gagne + 2,81 % à 2 869,57 points, les actions des banques trustent les premières places en Europe. Les 4 banques au sein du Dow Jones flambent à nouveau et permettent à l'indice de clore sur un score de + 6,84 % à 7 775,86 points.


Sur le plan statistique, les chiffes étaient également un peu plus favorables. Les ventes d'immobilier dans l'ancien ont progressé de + 5,1 % sur un mois en février aux USA contre - 5,3 % le mois précdéent et le rythme de baisse annuelle passe de - 8,6  %  à - 4,6 %. Les prix médians baissent de - 15,5 % sur un an (- 4,8 % dans le nord-est et - 30,3 % dans l'Ouest)

Demain, aucune statistique d'importance n'est au programme du marché. D'un point de vue graphique, le CAC 40 aura comblé ce jour le gap  du 20 février dernier. En atteignant sa moyenne mobile à 50 jours, il se trouve juste sur la longue résistance baissière née en septembre dernier détaillée vendredi dernier :

                                      → CAC 40 : incertitudes

   .  accès direct au graphe journalier              .  accès direct au graphe intraday


A surveiller également d'encore plus près bien sûr cette semaine, l'indice BKX qui aura réalisé une volte-face et propulsé l'indice en quelques heures sur sa résistance oblique baissière qui remonte également à la fin de l'été 2008. 


Il manque encore un tout petit peu d'élan au marché pour s'extraire de cette longue tendance baissière et obtenir son 'bon de sortie'. Mais n'oublions pas qu'il reste dans 'les cartons' des annonces potentielles 2 choses :

- l'éventuelle réintroduction de "l'uptick rule" par la SEC; le gendarme de la bourse, qui affaiblirait les vendeurs à découvert un peu plus
- et la réflexion en cours par la FASB, l'organe qui fixe les règles comptales aux USA des normes  "mark to market' ou de 'fair-value', actuellement utilisées pour la valorisation des actifs dans les bilans bancaires et qui pourrait également soutenir les bancaires.


A suivre prochainement sur le tapis roulant des nouvelles réconfortantes ? ... alignées une à une depuis 10 jours au moment même où le secteur bancaire voyait un grand nombre d'indicateurs virer au 'noir'. De l'avis même de Bernanké, il y a quelques jours : 'fire is still burning'.


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