La face cachée des indicateurs

Publié le par Gilles Caye

Je vous propose de prendre un peu de recul sur l'information et surtout sur la manière dont on la traite, on la suit et on l'utilise pour prendre ses propres décisions.

Suivant son profil, ses connaissances et ses objectifs d'investissement à court, moyen ou long terme, chacun d'entre nous fait plus ou moins attention aux indicateurs économiques larges, aux annonces de résultats de sociétés ou à des indicateurs techniques issus des cours parmi mille autres exemples. Il existe une pléthore d'indicateurs comme vous pouvez le constater au fil des jours qui renseignent sur un certain nombre d'éléments et qui confortent ou à l'inverse dissuadent de prendre une décision d'achat / vente. Ils guident nos décisions pour orienter nos placements.

On pourrait en citer un grand nombre qui servent bien et même très bien :

- le BKX (indice des valeurs bancaires US)
- le cuivre
- etc...

Le danger est que plus ils servent bien et plus cela dure longtemps, plus la tendance naturelle que nous avons, quelque soit notre niveau, est de commencer à ne regarder plus que ceux-là, à laisser de côté ceux qui paraissent secondaires et finalement comme parfois on peut se laisser aller à tomber  amoureux d'une valeur, on s'attache à reproduire toujours la même manière d'investir et de faire.
Pour ceux qui découvrent le site ou tentent de pénéter le domaine boursier, cela peut apparaître ardu de se guider à travers toute cette information qui fait appel à des indicateurs parfois récurrents et d'autres fois isolés.

Pourtant cela est nécessaire et même indispensable car les indicateurs sont comme tout, un jour ils deviennent moins précis, envoient de faux signaux et peuvent créer des dommages à la hauteur de l'habitude et de la manière inconsciente avec laquelle on les utilise.

Ainsi au-delà du traitement que nous essayons de produire de la manière la plus neutre possible afin de coller au mieux à l'actualité (très souvent un indicateur ou un indice n'est finalement que la synthèse de ce qui se passe par ordre d'importance et qui ne réapparaîtra parfois que des années plus tard), de restituer différents approches (pour satisfaire aux différents profils, niveaux et attentes des visiteurs) il est assez important de maintenir 'une veille' afin d'avoir une méthode d'investissement qui puisse s'enrichir en permanence et qui s'adapte au terrain.


Nous allons prendre un exemple vécu en direct ces dernières semaines :

Très tôt sur le site, notamment via la newsletter, les abonnés ont été initiés à la notion de volatilité avec une mesure assez simple sur le CAC 40 de la volatilité historique de l'indice français. Au fil des mois, nous avons abordé le VIX, l'indice de peur du marché sur les actions américaines et chacun aura découvert qu'en plus d'éléments particulièrement sombres se profilant depuis des mois, cette volatilité était une donnée avec laquelle il fallait compter.

Mais dernièrement, le VIX qui est à ranger parmi les indicateurs dits 'de sentiment de marché' s'est avéré être soudainement peu expressif, assez décevant et autant le dire il vous a été présenté sur le site plusieurs fois en vous indiquant (graphe 1) que le marché étant en attente d'un changement de psychologie qui nous a placé dans l'attente d'un signal qui n'est pas venu ni lors de la chute de début d'année et avec du retard lors de la hausse du 10 mars.

Même si une certaine sensibilité à la peur ambiante était présente et l'indicateur était pertinent en pareil cas, nul besoin de nier le fait qu'il s'est littéralement écrasé le long de ce long support haussier ne délivrant aucun signal aussi probant et net que par le passé.
 


Que s'est il passé ? Est-ce finalement un mauvais indicateur ? A-t-il été mal utilisé ? C'est peut être juste comme ça, ma foi ça arrive parfois ? c'est normal pensez vous car vous n'aimez pas et n'utilisez pas les indicateurs de sentiment de marché ? J'en passe ... d'autant que j'ai lu beaucoup de questionnements en tous genres un peu partout chez les personnes qui l'utilisent couramment.

La raison est en fait assez simple. Elle est même parfaitement connue sur un sujet qui a été très largement traité mais comme le plus souvent sans une synthèse par le biais d'un graphique les choses restent assez impalpables.

Au plus fort de la crise, les états ont volé au secours de beaucoup de secteurs ou de sociétés et le thème des nationalisations particulièrement a perturbé la mesure de l'angoisse ambiante tel que l'exprime le VIX.

Les états prenant à leur charge via prêts, garanties, subventions et aides diverses des engagements importants, le risque s'est transféré sur eux. Le mouvement de crainte a fait de même et s'est déplacé.  Le VIX est donc devenu 'muet'.


Bref, vous l'avez compris avec le graphe 2, "l'indice de la peur" des marchés actions s'est figé car, le "GRI", le "trouillomètre" des Etats encaissait en plein le choc à sa place.

     • Lancement d'un indice de suivi des risques souverains : le CDR GRI

Quoi de plus simple sur le fond mais, la chose n'a pu être établie aussi nettement que rétrospectivement puisque le GRI vient juste d'être lancé.


Conclusion : Les indicateurs ne sont pas ces points fixes sur lesquels on peut se reposer en permanence. Ils interragissent avec leur environnement, évoluent, deviennent parfois secondaires voire totalement accessoires dans certaines configurations. Il est assez important de conserver du recul, de bien les comprendre et de suivre leurs évolutions ou leurs modes de calcul (les mesures statistiques changent également, nous en avons déjà croisé / Par exemple : l'indice ISM ou l'enquête ADP sur l'emploi)

J'aurais pu prendre d'autres exemples mais celui-ci exprime bien l'évolution actuelle de la psychologie et pour ceux qui n'utilisent pas ce type d'indicateurs il représente à mon sens des évolutions d'une taille suffisamment importante pour être mémorisé et inciter à la réflexion sur votre propre démarche.

Nota : Les 2 graphes font apparaître une différence d'évolution de la courbe du VIX due à l'échelle logarithmique dans le premier cas et un lissage des extrêmes par utilisation d'une courbe et non de chandeliers dans le second.

Publié dans INVESTIR EN BOURSE

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