Fed : la forme évolue, le fond subsiste et les taux baissent

Publié le par Apprendrelabourse.org

conference-bernanke.pngLa conférence de presse qui a suivi le communiqué de décision du Comité de politique monétaire (Fomc) de la Fed, à l'image de ce que pratique la BCE, est une première dans l'histoire de la Fed. Ce premier exercice depuis sa création en 1913 restera néanmoins dans l'histoire également comme un non-événement sur le plan du fond puisque le communiqué est rigoureusement identique à celui du mois de mars. Le statu-quo perdure tant sur les taux directeurs (entre 0 et 0,25 %) que sur les mesures exceptionnelles de soutien qui iront à leur terme d'ici fin juin.

√ Si les raisons invoquées sur cette nouvelle manière de communiquer sont nombreuses, elles sont aussi en réalité assez difficiles à étayer.

Réponse à la pression de la crise, des médias ou aux critiques sur son absence de transparence ou encore pour gommer l'incompréhension face à certaines de ses mesures ?

Rappelons que son président avait donné une interview télévisée grand public un dimanche dans l'émission '60 minutes' début décembre 2008, en pleine débâcle financière pour rassurer les épargnants américains face aux risques bancaires ( émission présentée ici même sur ce site à l'époque) C'était là un retour aux sources sur le premier fondement de la fed créée 6 ans après la grande crise bancaire de 1907 afin d'éviter dans le futur les paniques bancaires qui avaient émaillé le XIXème siècle et l'une des plus grandes déroutes financières de l'histoire au début du XXème.

Une conférence planifiée sur l'inflation, la croissance et le chômage apparaît aujourd'hui très nettement en retrait en terme d'intensité sur le plan de la forme, du contenu et du contexte face à cette intervention exceptionnelle de 2008. Cela apparaît tout autant dans le fil des annonces antérieures depuis 2010 sur la volonté de faire évoluer la communication à l'image des pratiques des autres banques centrales et dans un long fil historique d'ouvertures à pas comptés puisque jusqu'en 1994, par exemple, la fed ne donnait strictement aucune information sur ses décisions.

Une conférence pour annoncer un nouveau train de mesures de soutien (QE3?) ? Le marché a anticipé la fin du programme à fin juin selon B.Bernanké.

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L'évolution vers un suivi de plus en plus précis des anticipations d'inflation du marché obligataire s'est par contre une nouvelle fois précisée. Celui-ci montre d'ailleurs une toute première tension à moyen long terme, ci-dessus, puisque le marché table sur une inflation moyenne de près de 3 % désormais sur les 5 à 10 prochaines années.

La fed revoit d'ailleurs sa fourchette de l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) de 1-1,3 % à 1,3-1,6 % et abaisse de 3,4-3,9 % à 3,1-3,3 % sa prévision de croissance pour 2011 avec une crainte d'obtenir un chiffre inférieur à 2 % demain pour la 1ère estimation du PIB du 1er trimestre attendu à 1,7 % par le marché.

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Sur la gestion du déficit budgétaire, jugée 'capitale' car insoutenable à long terme, le marché avait rendez-vous avec la première émission d'obligation du Trésor US depuis la mise sous perspective négative de la dette US par S&P pour un montant de 35 milliards de dollars à 5 ans. Le taux de couverture (bid/cover ratio) entre offre et demande des investisseurs est resté ferme à 2,77 contre 2,79 le mois dernier sur des plus hauts historiques, une opération qui s'est réalisée avec des taux légèrement en baisse à 2,12 %.

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Le CAC 40 se traitait hors séance à la clôture de Wall Street aux alentours de 4090-4100, le marché reprenant sa marche en avant stoppée dans l'attente de la conférence, principalement sur les métaux précieux et l'euro/dollar de retour sur 1,48.

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Milou 29/04/2011 21:36



Oui, j'ai compris. Donc il ne s'agira plus que d'utiliser les remboursements des prêts faits (sous forme d'obligations achetées à une entité telle que cette assurance) par la FED pour acheter les
titres du trésor US.Merci Gilles.


 



Milou 28/04/2011 19:16



Bonsoir Gilles.


Je ne comprends pas tout ce que vous m'expliquez, et, en particulier cette phrase :


après QE2, il a été évoqué le ré-emploi des remboursements qui seront perçus sur les actifs rachetés


 


De quels actifs s'agit il ? Merci de m'éclairer.


 


Et pour reprendre votre réponse, il est vrai que de nombreux analystes sont négatifs sur l'activité économique aux US. Négatifs également sur la politique des QE. Je pense à des gens comme
Jorion, Bonner, Celente, Biancheri, Leconte, Crottaz etc...


Quelle est la part de spéculation dans la baisse du $, quelle en est la part attribuable à la volonté des autorités US?


 


 



Gilles Caye 29/04/2011 10:16



 


Bonjour,


 


Les mesures monétaires non-conventionnelles dites 'quantitative easing' (QE) que ce soit pour le premier programme (QE1) ou le second (QE2) consistent à acheter des titres comme
des obligations hypothécaires pour soutenir le marché immobilier ou bien des obligations du trésor américain (T-bonds, obligations du gouvernement).


 


Ces titres qui sont des obligations ont une échéance à plus ou moins brève échéance. Lorsque l'échéance est atteinte, la fed qui les détient perçoit une somme en remboursement (du débiteur
immobilier, de Fannie Mae ou du gouvernement américain). A la fin de QE2, c'est à dire fin juin, Bernanké a laissé entendre que l'ensemble des remboursements qui seraient perçus sur les titres
achetés lors de QE1 et QE2 ne viendraient pas en réduction des liquidités disponibles mais serviraient à poursuivre les rachats d'obligations pour assurer au systéme financier un montant constant
de liquidités.


 


Ceci correspond donc à un maintien des mesures non-conventionnelles et non à une sortie. L'arrêt de QE2 fera que le bilan de la Fed ne grossira plus puisque plus aucun titre (hypothécaire ou
obligations d'aucune sorte) n'entrera en complément en terme de valeur dans le bilan. Le bilan restera stable.


 


C'est ce qui se fait déjà partiellement depuis l'annonce du 10 août 2010 (voir article "Tout savoir (ou presque) sur le geste de la fed" ici : http://www.apprendrelabourse.org/article-tout-savoir-ou-presque-sur-le-geste-de-la-fed-55214088.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+ApprendreLaBourse+%28APPRENDRE+LA+BOURSE%29


 


On a tendance à se focaliser en simplifiant assez naturellement sur les 600 milliards de QE2 mais il ne faut pas oublier que 250 à 300 milliards  sur des obligations hypothécaires
précédemment achetées qui connaissent des remboursements au fil des jours depuis l'annonce en novembre dernier de QE2 sont utilisés actuellement pour l'achat d'obligations du trésor (voir
les détails de la nouvelle mesure d'assouplissement monétaire de la fed http://www.apprendrelabourse.org/article-les-details-de-la-nouvelle-mesure-d-assouplissement-monetaire-de-la-fed-60111050.html)


 


On a donc depuis novembre dernier :


 


- 600 / 8 mois : 75 milliards d'achats par mois en moyenne d'obligations du trésor en provenance de QE2 qui augmentent le bilan de la fed


 


- et  250 à 300 / 8 mois : 30 à 35 milliards de remboursements sur des titres achetés auparavant qui servent également en ce moment même à des acquisitions d'obligations du trésor mais
n'ayant aucun impact complémentaire sur le niveau des liquidités et le bilan de la fed. C'est simplement la répartition entre les titres qui varie.


 


A la fin de QE2, sous réserve du diagnostic du FOMC (du comité de politique monétaire et des réserves habituelles de Bernanké) la fed n'utilisera plus que ces remboursements pour continuer à
acheter des obligations du trésor. L'arrêt de QE2 ne signifie pas l'arrêt des mesures non-conventionnelles mais seulement l'arrêt d'un programme donné de novembre 2010 à juin 2011 qui augmentera
jusqu'à cette date dans le bilan de la fed les détentions d'obligations. L'arrêt de QE2 ne signifie pas pour autant non plus un début de sortie des mesures.


 


Chaque remboursement va permettre une acquisition suivante. C'est un maintien, visible techniquement via la stabilité du bilan de la fed.


 


Est-ce plus clair ?


 


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Pour la technique pure :


 


Voici l'ensemble des détentions de titres de la fed consultable ce matin avec un arrêté au 27 avril http://www.newyorkfed.org/markets/soma/soma.pdf


 


Si vous allez page 3, dans la rubrique Federal agency securities vous trouverez une première ligne dont l'issuer, c'est à dire l'émetteur de l'obligation est FNMA, ce qui correspond à Fannie Mae.
Cette obligation référencée sous le Cusip 31398AWQ1 (simple réfénce pour identification) sert un coupon (intérêt) de 1,375 % avec une échéance (maturity) au 28 avril 2011. Son montant, c'est
à dire 1 068 000 000 $ ont donc été remboursés hier à la fed et cette dernière pourra dans les prochains jours acheter des obligations gouvernemantale à due hauteur. C'est simplement 1 milliard
de titres hypothécaires qui vont devenir 1 milliard d'obligations du trésor sans accroître quoi que ce soit dans le bilan.


 


Vous avez compris ? 


 


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N'hésitez pas si des questions vous viennent en termes généraux ou techniques.



Milou 28/04/2011 09:34



Bonjour Gilles.


Ce que j'ai retenu du communiqué c'est que Bernanke abaisse ses prévi de croissance, et, qu'il ne dit rien sur un QE3 éventuel, même s'il conserve ses taux au plus bas pour une période encore
indeterminée.


Bien entendu il ne voit toujours qu'une inflation passagère !



Gilles Caye 28/04/2011 10:43



 


Bonjour,


 


Justement, il voit une inflation passagère ! (ou transitoire selon ses termes), un marché de l'emploi long à rétablir et un immobilier déprimé (depressed)


 


Pour une grande partie de la blogosphère éternellement baissière et portée à sur-commenter les aspects négatifs, après l'écoute de cette interview, il va devenir quand même
difficile de continuer à dire sans cesse pour faire plaisir à ses lecteurs et générer le buzz sur le sempiternel thème 'on vous cache tout on vous dit rien' que les autorités racontent ou
veulent faire croire sans cesse que tout est rose !


Dans les paroles comme dans la gestuelle surtout lors des questions-réponses, c'est même beaucoup de réserves qui sont apparues sur le fond et la forme.


 


La seule certitude évoquée (ou élément sur lequel il veut faire croire que...) concerne la sortie des mesures exceptionnelles vue comme 'certaine' mais sans préciser quand.


Une petite précision d'ailleurs à ce sujet : après QE2, il a été évoqué le ré-emploi des remboursements qui seront perçus sur les actifs rachetés pour continuer à assurer un
soutien en achetant des obligations, ce qui ne correspond pas là, si cela devait être le cas d'ici l'été, à une sortie mais à un maintien des mesures puisque le bilan de la Fed resterait stable
(sous réserve du diagnostic futur et des décisions lors des 2 prochaines réunions bien sûr)