Finance - La Fed scotchée à des taux zéro d'ici la fin 2010 ?

Publié le par Gilles Caye

La croissance américaine a ralenti de 5 % au 4ème trimestre 2009 à 2,4 % au 2nd trimestre 2010 selon les chiffres préliminaires. Par secteurs :

- même si la croissance se perpétue au sein du secteur manufacturier, elle ralentit aussi, en témoigne encore la baisse de 1,2% sur un mois en juin des commandes à l'industrie publiée aujourd'hui.

- en matière d'immobilier, les promesses de ventes en chute de 30 % en mai cède encore 2,6 % selon un autre chiffre du jour.

- enfin les chiffres qui suivent 48 heures après la publication du PIB à propos des dépenses et des revenus des ménages ont débouché sur une stabilité totale de toutes les composantes sur un mois en juin.

Voilà des arguments économiques qui plaident pour un statu quo sur les taux ou à tout le moins qui peuvent difficilement motiver une hausse des taux prochainement. Qu'en est-il des arguments en matière d'inflation ?

 

Indice d'inflation :

Au sein de la publication sur les revenus et dépenses des ménages, le taux d'inflation central des dépenses personnelles des américains est ressorti également à 0 sur un mois en juin. Ce chiffre clef que suit la Fed en matière d'inflation des prix à la consommation se replie d'ailleurs à un nouveau plus bas depuis la sortie de la récession (en gris ci-dessous) pour s'établir à 1,4% en juin contre 1,8 % en mars en rythme annuel.

PCE--core.png

Cette donnée qui se fonde sur les dépenses 'réelles' des ménages et non sur un panier de produits comme pour les indices de prix à la consommation va donc plutôt dans le même sens que les Petits assauts déflationnistes sur les indices de prix à la consommation observés en mai.

 

→ Pour mémoire, il ne s'agit là toujours que de la continuation du profond mouvement de désinflation en cours depuis les années 80 (Inflation - France : données historiques depuis la guerre )

Pour se rendre compte de cela autrement que par les taux d'intérêts, visualisons les anticipations d'inflation selon les estimations de la Fed suivant ses propres modèles de prévisions (2nde courbe) Les anticipations d'inflation vont en décroissant depuis 30 ans. Les prix augmentent toujours mais de moins en moins rapidement. Est anticipé un taux de 1,69 % en moyenne pour les 10 ans à venir selon sa toute dernière estimation en date du 16 juillet dernier. expected-inflation.png

Le modèle de la Fed se base bien sûr sur le point mort d'inflation et diverse enquêtes des agents économiques pour son évaluation. Pour plus de détails, vous pouvez consulter :

   .  Apprendre et comprendre l'économie : les anticipations d'inflation

   .  Quelles sont les anticipations d'inflation ?

 

→ Le verdict du marché :

 

Le point mort d'inflation soit le différentiel entre les taux des obligations et celui des obligations indexées sur l'inflation évolue actuellement aux alentours de 1,80 % (3ème courbe) en baisse depuis la fin avril.

point-mort-d-inflation-USA-aout-2010.png

  Source : bloomberg.com

 

En résumé : l'inflation ressort à 1,4 % pour l'indice des dépenses personnelles, 1,69 % pour les modèles d'anticipation de la Fed et à 1,80 % pour le marché avec des tendances qui s'infléchissent... difficile dans ces conditions de motiver une hausse des taux.

Les probabilités issues du marché des taux  à propos de l'éventuel relèvement des taux directeurs par la fed plaident d'ailleurs presque à 100 % pour un maintien des taux dans la fourchette actuelle entre 0,0 et 0,25 % (4ème courbe) d'ici le Comité de politique monétaire de novembre. Les probabilités de statu quo sont en hausse par rapport à la mi-juin.

November-meeting-outcomes.gif

 

Autrement dit, le marché anticipe une politique monétaire toujours très accomodante* de la part de la principale banque centrale de la planète d'ici la fin de l'année et n'a actuellement pas d'interrogations ou de tracas sur ce point comme cela était le cas à la fin du printemps (* Comprendre la finance : politique monétaire restrictive ou accommodante ? )

Publié dans ACTUALITES BOURSE

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Milou 04/08/2010 08:51



Merci de cette très longue explication très pédagogique.


Avant de plier bagages, hier soir, j'ai trouvé ceci :



http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=bfb9e89ef186787ef140c875d836138d





Gilles Caye 04/08/2010 10:12



Bonjour Milou,


 


Effectivement le consensus a du mal à aller au-dessus de 100 $ de bnpa (bénéfice net par action) Il est même plutôt en dégradation à 95 $ en ce qui concerne le S&P500 (Pour le 2nd
trimestre il a baissé au fur et à mesure que la saison des publications des résultats se rapprochait ce qui facilite un peu le fait que les résultats ressortent au-delà des attentes...)


 


Pour le point précédent, les chiffres proviennent de cette publication qui est mise à jour chaque jeudi soir.


http://www.federalreserve.gov/releases/h41/current/ (ça nécessitera quelques explications)


 


Bon retour de vacances,



Milou 04/08/2010 00:04



Bonsoir Gilles.


Il y a inflation et inflation ! voici un article que j'ai lu ce soir. Il ne faut pas se tromper sur les termes :


http://weinstein-forcastinvest.net/economie-un-conseiller-financier-predit-l%E2%80%99hyper-inflation/


D'autre part je rejoins Philippe Béchade (je ne sais pas pourquoi la police a changé ??) dans son article de ce soir. Nous allons avoir droit à
un 2ème QE, et, donc un 2ème tour d'inflation monétaire. Les marchés vont pouvoir continuer à la hausse, sauf événement extraordinaire


 



http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c6a09ff108fe71b7d750cdfd34a03afa



 





Gilles Caye 04/08/2010 00:31



Bonsoir,


 


Si les conditions continuent comme cela à se dégrader, en l'absence de levier classique pour baisser les taux directeurs à court terme (ils sont à zéro), la Fed n'aura de choix effectivement que
de revenir à des mesures non-conventionnelles si besoin comme elle l'a fait il y a quelques mois en arrière (Quantitative easing -QE- et credit easing comme déjà pratiqué avec les rachats
d'obligations hypothécaires et sur les treasuries à hauteur de 300 Mds $)


 


Néanmoins, il faut que cela s'enclenche, ce qui n'est pas encore le cas.


 


D'autre part, ce que vous nommez inflation monétaire ne sort pas au sein de l'économie et reste largement concentré dans les comptes de la Fed au travers des réserves excédentaires des banques.


 


Ainsi de manière concrète, il y a effectivement à l'issue du 1er QE (si un 2nd arrive) à fin juillet 1 121 milliards $ de MBS (Mortgage backed securities - obligations immobilières ou
hypothécaires) à l'actif du bilan de la Fed + 159 milliards $ des federal agencies (Fannie Mae et Freddie Mac etc..) mais au passif vous trouvez
1050 milliards $ sur les comptes des banques + 200 milliards détenus par le Trésor qui ne circulent donc pas.


 


La politique menée avec le QE a visé les taux qui ont baissé à la suite de ces mesures et a compensé un choc déflationniste de manière générale pour créer un électrochoc et
tenter de faire repartir la machine. C'est choc inflationniste contre choc déflationniste avec un match nul.


 


Si la création monétaire ne fait que compenser, l'inflation ne viendra pas surtout si elle reste cantonnée dans les comptes de la Fed sans en sortir, ce qui est le cas jusqu'ici et qui
motive entre autres éléments, une très grande distance de ce site depuis 4 ans vis à vis du débat inflation / déflation ce qui n'exclue pas que nous nous plongerons comme déjà dit le moment venu
dans la description des phases d'hyperinflation dans l'histoire avec comparatif avec la situation actuelle et évaluation des mesures non-conventionnelles comme cela a déjà été le cas.


 


S'il y a inflation et inflation, encore faut-il voir dans quel canal elle glisse et pour l'heure soit ce n'est qu'un + qui compense un - et/ou elle est purement stockée via les piles de cash que
détiennent les banques à la Fed et pour lesquelles elles obtiennent d'ailleurs rémunération...


 


Les canaux de transmission de l'inflation sont bouchés. La seule inflation ou hyper inflation qui peut survenir en l'état à grande vitesse proviendrait d'une chute massive des banques (sujet
des faillites largement traité via les saisies immobilières depuis 2006, puis les banques puis les risques souverains soit un fil conducteur depuis des années sur ce blog bourse en
terme de "faillite" qui est loin d'être fini et qui s'exprime en terme d'évaluations des risques, et non via un débat entre
inflation? ou déflation? qui  laisse pratiquement tout le monde sur sa faim depuis des lustres même si les convictions des uns ou des autres sont toujours enrichissantes à lire
pour le long terme et la prospective) ou d'une monétisation directe des déficit publics par la banque centrale (objet d'articles futurs)... pas de ces mesures (si elles restent
dans le cadre du 1er QE en terme de périmètre et de montant)