Le marché obligataire : principal vecteur du comportement des marchés

Publié le par Gilles Caye

Derrière le retournement de tendance à la hausse du taux d'épargne des ménages américains qui a pris corps lors de la crise financière se cache une seconde petite révolution : les flux d'épargne ont quitté les actions pour les actifs obligataires réputés plus sûrs. Non seulement les américains se sont mis à épargner mais ils le font de manière beaucoup plus sécuritaire que par le passé.

 

Une étude de JP Morgan Asset Management indique encore aujourd'hui que "d'après Bloomberg, les investissements des particuliers dans les fonds obligataires de ces deux dernières années ont été aussi élevés que sur les fonds technologiques entre avril 1998 et avril 2000." (soit en pleine bulle internet)

 

A la très classique recherche de refuge lors de bourrasques sur les marchés actions qui se matérialise par la fuite des investisseurs vers les obligations d'Etat s'est ajoutée depuis 2008 une profonde transformation du rapport entre le baromètre du couple peur/confiance sur les marchés et l'orientation des obligations.

 

Avant et pendant la crise financière, la corrélation que l'on pouvait observer sur un jour ou une semaine entre baisse des actions et hausse des obligations en même temps que la peur s'élevait (ici désigné par l'indice VIX) se retrouvait avec un léger décalage sur des périodes plus longues. Aux pics de panique correspondaient assez rapidement des pics sur les obligations dans lesquelles la majeure partie du marché allait se réfugier. C'est la phase notée 1 sur le graphe ci-dessous.

vix-UST.jpg

 Lors de la phase 2 qui correspond à une normalisation de la peur après le choc Lehman Brothers, le marché obligataire est resté toujours très recherché. Aucune détente analogue à celles du passé n'a été enregistrée.

 

La phase 3 est celle d'une décorrélation presque totale où les obligations ont été recherchées inlassablement quelque soit l'évolution du sentiment de marché, la teneur des nouvelles et l'orientation des actions. C'est l'insidieuse recherche de refuge en place depuis le début d'année décrite il y a quelques jours en arrière.

 

En Europe, la situation est en apparence plus complexe car plus personne ou presque ne sait où et quoi regarder sur le marché entre les taux des pays appartenant à l'Union Européenne et ceux appartenant à la zone euro. Au sein de cette zone, les différentiels sont tels que l'analyse ne peut se faire qu'au cas par cas avec des rapports aux extrêmes de 1 à 5 entre la Grèce et l'Allemagne (sans compter les achats ciblés de la BCE sur les obligations de nombreux états dans la périphérie de la zone qui rendent l'analyse encore plus difficile)

Pour l'Allemagne qui fait plus que jamais référence sur le vieux continent, la recherche de refuge vers le bund (obligation allemande à 10 ans) joue toujours de concert avec la peur ou la confiance sur les marchés actions mais un courant acheteur supplémentaire est apparu puisque le bund est devenu au fil des mois le refuge pour les investisseurs fuyant les obligations européennes les moins bien notées.

 

Derrière cette nébuleuse des spreads européens partant en tout sens, se trouve néanmoins une ligne de force tout à fait comparable à celle décrite au début de cet article sur les marchés américains. Depuis le début d'année la recherche des obligations disposant des meilleures notes de crédit sont également inlassablement recherchées comme le montre l'indice des obligations d'Etat AAA de l'Euroland ci-dessous.

 

Euromts-AAA-government-bonds1.png

 

La détente sur les obligations est  actuellement la plus palpable depuis que ce mouvement a débuté fin 2009 début 2010 que ce soit en Europe ou aux USA. Il soutient en partie la tentative de sortie haussière sur les grands indices. Mais il ne s'agit là pour l'heure que d'un mouvement intermédiaire, d'une simple respiration en quelque sorte, sans remise en cause du trend de fond qui pèse sur les marchés actions.

Pour ceux qui veulent aller au-delà des indicateurs de sentiment de marché pour cerner plus précisément quel est le comportement profond du marché et son appétit pour le risque, vous pouvez suivre l'indice européen ci-dessus via le mnémonique MAA ou code ISIN FR0010820258.

Publié dans INVESTIR EN BOURSE

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Milou 20/09/2010 23:41



Bonjour Gilles.


C'est le cas de le dire "ils n'ont pas peur" !


http://www.radiobfm.com/edito/home/81273/les-perspectives-de-croissance-americaines-revues-a-la-baisse/


Ce qui colle très bien avec l'analyse faite dans le GEAB 47


Mais que fera B.Bernanke dans sa folie ? Vous le saurez (peut être) demain !