Les volumes : un indicateur à double tranchant (cas pratique)

Publié le par Michel Delobel

(Michel Delobel / ACGest - formations et coaching) - Voici la suite de la 1ère partie "Les volumes : un indicateur à double tranchant (Introduction)". Prenons l'exemple du CAC 40 ces dernières semaines : 

Point 1

: Fort volumes correspondants à une séance en fort repli, et l'arrivée sur un double niveau de support. On assiste donc à la fois à un mouvement de peur marqué par un afflux vendeur, mais l'arrivée sur des supports suscite quelques intérêts acheteurs. C'est ici la confirmation d'un point clé pour le marché. Après quelques séances d'hésitation, le repli reprendra le dessus.

 

Ici, les volumes nous ont permis de confirmer la présence d'un support, entraînant une redistribution des cartes et une hésitation du marché. Un rebond aurait pu se dessiner, cela n'a pas été le cas.



 

Point 2

: Nouveau pic de volumes, cette fois suite à une ouverture en gap baissier, mais directement sur un double support : les acheteurs ont été attirés par le gap baissier et la présence des supports, tandis que les vendeurs ont sans doute pris peur avec l'ouverture du gap.

 

Ici aussi, les volumes permettent de matérialiser le double support, et marquent un nouveau niveau clé. Mais encore une fois, ils ne garantissent pas le retournement.

 

Point 3

: Ici, nous avons également un retour sur supports, avec gap baissier à la clef. Mais les volumes ne marquent pas de pic particulier, comme d'ailleurs sur la forte bougie rouge précédente. Comment essayer de l'expliquer ? Ce manque de volumes est le signe que le flux vendeur se tarit. Dans un premier temps toutefois, les acheteurs n'osent se montrer, suite à la cassure du précédent support et une tendance particulièrement négative. Mais sans être réellement plus nombreux, ils finissent par prendre le dessus sur les vendeurs qui s'épuisent. On va ainsi assister à une île de retournement haussier, réalisée sans réellement de volumes : les investisseurs semblent dubitatifs et ne plus savoir à quel saint se vouer (sauf peut-être saint Thomas, qui ne croie que ce qu'il voit :-) ). Ils attendront donc confirmation avant de se positionner. Ce qui nous amène au point suivant. On voit en tout cas ici qu'un rebond peut s'enclencher sans la présence immédiate de volumes. Ce n'est pas le cas le plus courant, mais cela n'enlève rien à la puissance du rebond qui suit.

 

Point 4

: Lors de l'apparition du gap haussier, et donc la formation d'une île de retournement, les investisseurs reprennent confiance, et les acheteurs se précipitent. Nous assistons sur 3 jours à des pics de volumes, marquant d'importants changements de main. Il s'agit donc d'un nouveau niveau clé pour le marché, puisqu'il marque un niveau de RV entre acheteurs et vendeurs. On notera quand même une hausse des cours, marquant une pression des acheteurs. Mais lorsque tous les acheteurs potentiels ont fait leurs emplètes... qui va faire monter le marché ? Après ce pic de volumes, le marché marque donc une nouvelle hésitation logique, le temps que chacun reprenne son souffle.

 

Point 5

: Après cette forte augmentation des volumes sur 3 séances, la pause dure naturellement un peu plus longtemps que les précédentes (typiquement 3 à 4 fois la phase avec volumes). On notera une décroissance typique des volumes durant ce type de consolidation. Mais le marché tient le coup.

 

Point 6

: Un retour des volumes marque ici la fin de la consolidation : si des vendeurs profitent du rebond pour se séparer de leurs titres, les acheteurs sont plus forts, et donnent le signal d'un nouveau départ, qui va attirer de nouveaux investisseurs. Mais on notera que les volumes décroissent à nouveau de jour en jour. Cela n'entame pas le rebond, mais c'est le signe d'une certaine faiblesse : il y a de moins en moins d'acheteurs, ce qui rend le marché plus vulnérable à la moindre alerte.

Lors de l'arrivée à proximité de résistances, on notera une absence de pic de volumes. C'est le résultat de la différence de comportement des investisseurs entre la hausse et la baisse. Il arrive toutefois qu'un pic de marché contre une résistance soit accompagné de volumes (cf. pt 8)

 

Point 7

: Phénomène similaire ici à la phase précédente de hausse : la baisse se met en place, mais les volumes décroissent. Tant que les volumes restent faibles, la tendance se poursuit, malgré quelques tentatives de rebond. Il faudra un retour des volumes pour lancer le rebond.

 

Point 8

: Ici, le rebond sera accompagné plutôt d'une hausse des volumes. Une tendance haussière semble donc s'installer et ne montre pas de réel signe de faiblesse comme dans le cas précédent, jusqu'à l'arrivée sur le dernier point haut, où l'on assiste cette fois à un petit pic de volumes. Ce niveau suscite l'intérêt des investisseurs, certains préférant céder leur titres, tandis que d'autres anticipent une poursuite de la hausse. Ce niveau est confirmé comme niveau clé.

Je ne commenterai pas les journées qui suivront, car nous avons depuis quelques jours une configuration très spéciale des marchés et particulièrement peu lisible et prévisible, ce qui ne ferai que compliquer inutilement mon exposé.

 

 

Nous avons donc au cours de ces quelques exemples confirmé la première conclusion : la plupart des pics de volumes sont suivis d'hésitations du marché, plus ou moins longues. Ils ne sont donc pas forcément le signe de retournements de tendance comme on peut le lire trop souvent.

 

On voit aussi que des volumes faibles n'empêchent pas une tendance de se poursuivre. Lorsque les volumes sont en repli, c'est le signe d'un affaiblissement de la tendance, et un retournement se fait plus probable. Mais on voit également qu'une augmentation des volumes, si elle marque un renforcement du mouvement, peut aussi conduire à un épuisement des investisseurs. Le pic de volumes risque alors cette fois de marquer un point de retournement.

 

Je concluerai sur une dernière remarque, avec l'exemple d'un franchissement de résistance, avec et sans volumes. C'est ce que nous voyons sur le graphique d'Air France ci-dessous.

 

 

Le franchissement de la première résistance horizontale se fait avec volumes, tandis que le second se fait sans pic particulier de volumes. Pourtant, les conséquences sont les mêmes, à savoir de beaux mouvements haussiers. Les volumes n'auraient-ils aucune importance dans le franchissement de seuils ?

 

On peut en fait expliquer ces deux cas de la façon suivante:

 

Lors d'un franchissement avec volumes, il se produit un changement majeur dans la vie du titre, suscitant l'intérêt de nombreux investisseurs. De nouveaux acheteurs se positionnent pour accompagner le titre, tandis que les titulaires de titres plus anciens sont attirés par des cours sur leurs plus hauts et en profitent pour prendre leurs bénéfices. Enfin, des vendeurs à découvert anticipent peut-être également un repli des cours, du fait de la présence d'une résistance. Une fois le franchissement avéré, ceux qui avaient anticipé un repli sont pris à revers, et vont alimenter la hausse, tandis que les investisseurs plus hésitants finissent par être convaincu et prennent eux aussi le train en marche, permettant d'alimenter la hausse.

 

Lors d'un franchissement sans volumes, la principale différence tient au fait que les niveaux de résistance atteints ne suscitent pas l'enthousiasme. Soit les investisseurs restent dubitatifs, et attendent une confirmation, soit le sentiment est globalement haussier (volumes faibles et stables : poursuite de la tendance), et le franchissement était attendu, et donc peu défendu par les vendeurs. Le résultat est le même : la hausse se poursuit et prend de l'ampleur avec la confirmation du franchissement.

 

Dans le cas d'un franchissement avec volumes, le risque est que tous les acheteurs se soient épuisés pour passer la résistance, et le mouvement pourra avoir du mal à prendre de l'ampleur. Dans le cas d'un franchissement sans volumes, on peut craindre un faux signal, mais le fait que les investisseurs ne se soient pas précipité offre aussi un réservoir d'acheteurs potentiels qui permettra de soutenir la tendance.

 

En conclusion, si les volumes sont un élément intéressant à prendre en compte dans l'analyse d'un marché ou d'une valeur, ils sont plus compliqué qu'il n'y paraît : méfiez-vous des évidences, sachez prendre un peu de recul, et considérer les volumes comme un élément dans un contexte global

Publié dans APPRENDRE LA BOURSE

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Johnlee 12/09/2008 01:08

Salut Michel !Tu as raison, l'utilisation des volumes dans leur plus simple expression peut etre dangereuse.Je suis un adepte de l'analyse des volumes, mais via des indicateurs style OBV, qui permettent de bien mieux agréer les variations de volumes - a mon humble avis. Sympa de te trouver sur un autre site que Pto AT :-)Johnlee.