Actualité - Bourse : parfum de débâcle

Publié le par Apprendrelabourse.org

Le CAC 40 dégringole de - 5,04 %  sous les 4 000 points à 3 953,48 points au plus bas depuis 3 ans et demi.

Si le plan Paulson aura fait l'essentiel de l'actualité au cours du week-end avec un vote attendu ce jour par les membres du Congrès, le sentiment sur les banques aura passé un nouveau cran avec une confiance dévastée sur certains marchés du crédit. Après la faillite de Washington Mutual en fin de semaine dernière, les autorités américaines ont orchestré un sauvetage préventif de Wachovia qui a été reprise par Citigroup dont les pertes éventuelles seront prises en charge entre la banque, la FEd et le Trésor US.

*****La crise s'est également et surtout transmise à l'Europe, dans un climat de réunions de crise, de plans de renflouement et de sauvetage au coeur même du continent avec les plus hautes autorités, banques centrales comprises :

Benelux :

- Fortis aura vu l'intervention des gouvernements luxembourgeois, belges et hollandais à hauteur de 11,2 milliards € pour nationaliser partiellement le groupe bancaire, qui compte parmi les 25 plus grandes banques au monde, les états prenant 49 % des parts pour maintenir la confiance des épargnants. Après un départ dans le vert, le titre termine en baisse de - 23,71 %. La bourse d'Amsterdam décroche de - 8,75 %.

- Des rumeurs d'augmentation de capital de la banque franco-belge Dexia dans la nuit de dimanche a lundi ont précipité le cours de l'action à 7,20 € en chute de - 28,50 % emmenant le BEL20 à Bruxelles en baisse de - 7,98 % et alourdissant le score du CAC 40. Un conseil d'administration extraordinaire est en cours depuis 18 heures.

Allemagne :

Le gouvernement allemand et un groupe de banques ont dû voler au secours de Hypo Real Estate bank, coté au sein du DAX 30, active dans l'immobilier commercial et qui reçoit une aide de 35 Mds € en terme de lignes de crédit dont 26,6 Mds € sont garanties par l'état allemand. Si la difficulté à boucler le financement d'Abn Amro rend la tâche difficile à Fortis, cette banque allemande est confrontée à des difficultés de sa fililale irlandaise engluée dans le subprime depuis des mois. L'action perd - 73,91 %. Commerzbank perd - 24,01 % et Deutsche Bank - 7,74 %.

Royaume-Uni :

Bradford  & Bingley a été nationalisée après Northern Rock en 2007. Le réseau d'agence est repris par l'espagnol Santander via sa filiale Abbey déjà repreneur à la hâte d'Alliance & Leicester un peu plut tôt. L'état anglais va garantir les crédits immobiliers.

En Islande, la 3 ème banque du pays a du être secourue par le gouvernement dont la situation économique et financière du pays entier donne déjà des sueurs froides aux investisseurs depuis des mois (
L'Islande au bord de la faillite ?)




 
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Une réunion d'urgence aura lieu autour de Nicolas Sarkozy demain dans la matinée avec le premier ministre, des ministres, les principaux banquiers, des assureurs et la Banque de France.

L'Euro perd - 1,50 %  à 1,44 $. La plupart des matières premières connaissent de franches baisses également à l'image du pétrole qui retombe à 98 $ le baril en baisse de - 8 %. L'once d'or gagne cependant 1,50 % aux alentours de 900 $ en début de soirée.

C'est la course au cash, reflétée par des injections massives de liquidités par les banques centrales à destination de banques tétanisées sur le marché interbancaire et une nouvelle ruée vers la sécurité qui se reflète via la baisse des taux obligataires en Europe, et donc la hausse des obligations gouvernementales allemandes qui font référence (ci-dessous la courbe des taux de ces obligations par maturité ou échéance - la ligne orange représente les niveaux de vendredi, en vert ceux atteints ce soir)

 
Dans l'attente du vote du Plan américain, le Dow Jones perd - 2,38 % en début de soirée, mais on retiendra au-delà du stress qui se porte sur les banques européennes, l'appréciation négative  des marchés obligataires pour les dettes de certains Etats dorénavant, à l'image des obligations gouvernementales belges qui voyent leur 'spread' ou différentiel de taux avec les obligations allemandes passer de 0,25 % en août selon la BCE à 0,60 % environ, en hausse de + 0,10 % sur la journée. La dégradation de la solvabilité du pays s'exprime ici par un supplément de rémunération demandée par les investisseurs. La Belgique voit donc son surcoût d'endettement par rapport à la 1ère économie européenne s'élargir, celui de l'Italie atteignant même ce jour + 0,88 % au plus haut depuis l'avènement de l'Euro en 1999. C'est toute la hiérarchie  des risques des entités économiques aussi grosses soient-elles qui est ré-appréciée.

Le sauvetage en cours par les Etats n'est ainsi pas quelque chose de 'définitivement endigué', les problèmes pouvant comme déjà signalé s'exprimer par un vote négatif des marchés soit obligataires comme on le constate avec le cas belge mais aussi via le marché des changes.

La crise touche au risque des états dorénavant et potentiellement à leur monnaie.


Complément 22H30 : le Dow Jones perd - 6,98 % à 10 365,45 points  suite au rejet surprise par la Chambre des Représentants du plan Paulson par 228 voix 'contre' et 205 'pour' (une grande partie de Démocrates ont voté pour alors que les Républicains n'ont guère suivi leur chef de file)

Publié dans ACTUALITES BOURSE

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Carotte 30/09/2008 20:57

C'est quand même incroyable ce qui se passe. Des banques sont fragilisées mais de tailles trop importantes pour être sauvées par les états (pour l'Europe du moins). De plus les dettes des états sont reévaluées et sachant leur importances comment peuvent elles envisager d'aider les banques ? Dans tous ce "merdiers", je suis même surpris de voir Bank of america acheter Merry Linch tout comme BNP pensant à acheter Fortis. Est ce à dire que ces banques sont plus sur d'elle même (et de leur compte ?).Merci pour vos lien dans le post précédent mais vraiment les certitudes de Guéant ont pour moi l'effet exactement inverse.Je vais commencer à creuser mon trou dans mon jardin ;-)

Gilles Caye 30/09/2008 23:10


J'ai trouvé Guéant assez humble en fait tout à coup : "Personne ne sait véritablement ce qui va se passer", a-t-il admis (Guéant, Secrétaire général de L'élysée dans un lien mis avant
hier)

Voici ce qu'a dit hier  Guaino, conseiller spécial de Sarkozy :"Le pire est possible, tout le monde doit en être conscient (...) si on ne fait rien ou si on se trompe, la catastrophe n'est
pas impossible", a-t-il prédit.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/09/29/01011-20080929FILWWW00406-guainocrise-derive-du-capitalisme.php


La problématique est qu'en injectant 100 MDs $ dans Fannie Mae et Freddie Mac, l'état US est maintenant directement impliqué dans 5 000 MDs d'engagements avec les actifs qui vont avec, comme pour
AIG etc...

En mettant quelques milliards dans une banque pour en prendre des parts ou en se portant 'caution', on arrive indirectement à des sommes très élevées pour les états. Même si cela ne représente pas
des dettes directes, ce sont des engagements par extension qui peuvent les amener à rencontrer des soucis de financement à terme si les choses se dégradent encore. Il faudra voir avec le
temps car il y a de nombreux exemples dans l'histoire où des prises de participation de ce type ont été revendues avec des plus values quelques années après mais pour l'heure c'est un élément de
renforcement du système bancaire mais aussi un début de fragilisation financière des états.

Même l'équilibre du budget allemand commence à être un peu menacé et le plan d'hier pour Hypo doit recevoir l'aval de la commission du budget au Bundestag