« Acheter la rumeur, vendre la nouvelle »

Publié le par Michel Delobel

(Michel Delobel / ACGest - formations et coaching) -  Si vous vous intéressez un minimum aux marchés financiers, vous avez sans doute déjà entendu ce fameux diction : « acheter la rumeur, vendre la nouvelle ». Il en existe d'autres similaires, comme « acheter au son du violon, vendre au son du canon », et leurs pendants baissiers bien sûr, lorsque la rumeur est mauvaise : « vendre la rumeur , acheter la nouvelle ».

Nous en avons eu quelques beaux exemples ces derniers jours sur les marchés, l'occasion idéale donc pour illustrer et expliquer le bien fondé de ces dictons. Qu'est ce que cela signifie ? Tout simplement que le marché anticipe.

 

Les composantes d’un prix

Dans tout prix d'un actif, on distingue quatre composantes : les fondamentaux avérés (CA, bénéfices, positionnement, conjoncture, etc...), les anticipations, et deux dernières composantes un peu particulières : la psychologie des intervenants et des aspects plus techniques (ventes forcées, influence des produits dérivés, etc...). Je laisserai de côté pour aujourd'hui ces deux dernières composantes, pour ne parler que des deux premières.

Si on se contentait de valoriser un actif sur ses fondamentaux du jour, cela n'aurait pas de réel sens du point de vue de l'investisseur, car ce dernier cherche avant tout à réaliser un bénéfice et donc cherche à anticiper une variation des cours. Si les données fondamentales d'un actif à un instant t sont bien entendu importantes pour tenter d'établir une juste valorisation, on ne peut s'affranchir d'une analyse des perspectives, du potentiel de croissance, de l'évolution à venir de la conjoncture, des taux de change, ou des matières premières par exemple.

Tout prix intègre donc une part plus ou moins importante d'anticipations. C'est ce qui fait bouger les cours, selon que les anticipations des uns et des autres divergent. Si les prix ne bougeaient que sur des données tangibles et avérées, nous n'aurions que des variations au moment des annonces d'entreprises et des statistiques économiques. Or ce n'est pas le cas, car les investisseurs anticipent ce que pourraient être ces annonces ou statistiques, en fonction des éléments dont ils disposent.

 

Les exemples de ces dernières semaines

C'est justement ce que l'on retrouve avec la statistique sur le moral du consommateur américain, sortie il y a deux semaines. Attendue mauvaise avec l'accélération de la crise depuis la rentrée, cette statistique était crainte par les investisseurs, qui ont vendu par anticipation, faisant chuter les indices américains de près de 15% les 5 séances qui ont précédé la nouvelle. Lorsque cette nouvelle tant crainte est tombée, et bien qu'encore pire que ce à quoi l'on pouvait s'attendre, le marché est « comme par hasard » reparti de l'avant, réalisant même ce jour là la plus forte progression de son histoire. Paradoxal, non ? Mais une fois cette nouvelle avérée, et après que la grande majorité des vendeurs se soient délestés de leurs positions, qui restait-il pour vendre ? Au contraire, les marchés se sont mis à nouveau à regarder de l'avant... vers l'élection présidentielle de la semaine suivante.

Durant la semaine qui a précédé l'élection de Barack Obama, les marchés ont ainsi enregistré une hausse importante. Compte tenu des nombreux sondages qui le donnaient largement gagnant dans les jours précédant le scrutin, l'anticipation était relativement aisée, et les marchés ont donc parié sur la victoire d'Obama, signe d'un changement de cap qui permettrait de tourner la page de l'ère Bush et donner un nouvel élan à une amérique plongée dans la crise. Mais lorsque le scrutin des urnes a été confirmé, on a vu les marchés plonger de 10% en deux jours! Toujours le même phénomène...

 

L'anticipation étant réalisée, les investisseurs ont pris acte de cette élection, et sont passés à l'anticipation suivante. Ceux qui avaient acheté au cours de la phase de hausse en ont profité pour prendre leurs bénéfices, et les marchés en sont revenus à la situation de l'économie et aux pronostics sur son impact et sa durée.

Quel était l'évènement principal à anticiper pour les jours suivants ? Les chiffres du chômage, tombés vendredi dernier. Et compte tenu de la crise et de la rapide détérioration du moral des consommateurs et des industriels, là aussi, l'anticipation de mauvaises statistiques était relativement évidente. Les marchés se sont donc repliés jusqu'au jour de l'annonce : les chiffres ont effectivement fait état d'une importante détérioration du marché de l'emploi... mais les marchés américains ont terminé la séance en hausse sensible!

 

On pourrait continuer longtemps la démonstration. On retrouve également bien sûr les mêmes effets sur les annonces des entreprises, pour autant qu'un consensus suffisamment clair se dégage, et bien sûr que les résultats sortis corroborent les anticipations. Ainsi, ne soyez plus surpris lorsque le marché réagit a priori bizarrement à des statistiques ou des résultats. Tout dépend de ce qui avait été anticipé...

 

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Publié dans APPRENDRE LA BOURSE

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Michel DELOBEL 02/03/2009 11:52

Votre dicton existe bien, mais il est un peu différent de celui donné dans cet article. Il est un peu plus "long terme" d'ailleurs, et signifierait d'acheter en ce moment alors tout va mal, pour revendre dans les périodes d'optimisme.

Nikolos 28/02/2009 09:45

Bonjour et merci pour votre intervention sur un site que je découvre...le dicton de bourse ne serait pas plutot: "acheter au son du canon / clairon, vendre au son du violon"