USA : Les mauvaises dettes hypothécaires font les cauchemars des banquiers. Un credit crunch est il en marche ?

Publié le par Gilles Caye

Demain, ce blog aura 6 mois et je n'imaginais pas, pour ce 300 ème article, être obligé de bousculer un peu les éléments que j'avais programmé pour vous ce week-end. Vous êtes de plus en plus nombreux et si la démarche pédagogique est vue par beaucoup comme un simple exercice d'apprentissage théorique à retranscrire ensuite soi-même dans la réalité, sur ce blog je veille à ce que l'ancrage dans l'actualité soit fort et constant afin que vous puissiez bâtir vos raisonnements propres et savoir clairement "où vous mettez les pieds". Il y a ici suffisamment d'articles de cours en hausse et d'éléments positifs pour ne pas tomber dans un effroi face aux mauvaises nouvelles et si la prise de recul vous est difficile, dites vous pour compenser ce qui suit que l'Allemagne n'a jamais eu une industrie exportatrice aussi florissante qu'actuellement.
 
Que se passe-t-il ? En fait rien que vous ne sachiez déjà.  Cet article n'est que la suite du premier édito, du suivi des saisies immobilières aux USA et de toutes les faillites qui s'en suivent. Oui mais voilà...le mouvement s'accélère et la surprise se constate face à ces baisses chez pratiquement tous les intervenants.

Hum...'mouvement s'accélérant et effet de surprise'...voilà presque une définition de Krach. Un Krach est une baisse d'au moins 15 à 20 % généralement admis même si le terme est très large et si on peut discuter pendant 20 ans de sa définition. Aurait-on cela ? Oui. Au sein de l'économie la plus importante au monde, concernant un secteur qui concerne l'ensemble des agents économiques (l'immobilier), sur un marché financier ? Oui (sur certaines obligations foncières) et en bourse ? Certains titres ont perdu dans ce secteur jusquà - 36 % jeudi.

Dans la banquise lisse et plane, nous avons découvert ensemble des fissures comme vu dans un article précédent. Dorénavant nous pouvons parler de lézardes. Jugez plutôt :

- les obligations mal notées sur le marché hypothécaires reprises sur le tableau de l'article du 14.1 et qui cotait 93, ne cote plus que 82,5 moins d'un mois après. 18 % ont été perdu depuis Août. 9 % en 3 semaines...dont 8,5 % en quelques heures après une tentative de rebond avorté.
- HSBC, l'une des toutes premières banques au monde, vient de porter ses provisions pour créances douteuses à un niveau élevé en hausse de 20 % par rapport à ses prévisions en raison des défaillances des ménages américains dans l'immobilier. Je n'ai pu vérifier ce point avec certitudes mais c'est la première fois depuis très longtemps que cette banque qui a racheté le CCF en 98 émet une information discordante (on parle ici dans le jargon de 'profit warning' ou "d'alerte sur résultat"). Et pour cause, il y a seulement 2 mois rien de tout cela n'était visible.

- le N°2 du secteur (derrrière une filiale de HSBC) réalisant des prêts hypothécaires New Century Financial Corp s'est fait dégrader hier sa note de crédit par l'agence de notation internationale S&P. Cette société constate des pertes surprises au 4 ème trimestre. Le titre a perdu 36 % jeudi. Cotant 18,22 $ hier encore en baisse de -5,30 %, elle était mercredi au-dessus de 30 $. Le titre vient de plus de 50 $ au 1er trimestre 2006.

Chaque trimestre depuis 2005 les saisies de particuliers augmentent, puis depuis Août chaque mois le nombre est supérieur à 100 000 ménages touchés, puis des sociétés qui faisaient les prêts aux personnes ayant la moins bonne qualité de crédit ont fait faillite, puis de plus en plus grosses, puis le marché obligataire qui cote ces obligations perd de plus en plus pied puis les acteurs du secteur passent des pertes dans leurs bilans, chutent en bourse et demain ...?

Pour que vous ne fassiez pas de cauchemar, soyez prudents, mettez vos avoirs en sécurité juste un peu plus, juste au cas où...
Tel le saumon nous avons remonté le courant et je vous invitais précédemment à rester entre 2 roches pour voir ce que le courant allait nous amener. Vous voyez qu'il n'a pas fallu attendre longtemps. Il convient dorénavant d'intégrer clairement cette nouvelle dans vos décisions avant que d'autres choses plus massives ne se produisent. Peut être ou peut être pas. Nul n'est devin.
Pour prendre une autre image, en allant voir sous le dessous de cette masse de dettes avec les saisies, nous avons agrippé une corde qui devient de plus en plus grosse et qui nous amène à des paquets de dettes 'pourries' ('junk bonds') de plus en plus conséquents chez de plus en plus de monde.

Les mauvaises dettes s'apurent, les normes des banquiers sont plus restrictives,  les taux augmentent, ce que l'on nomme un 'credit crunch' (restriction des crédits) semble en marche...pour les raisons qui sont les pires qui soient, parce qu'ils sont de plus en plus nombreux à ne plus pouvoir faire autrement.

Il y a au dessus de tout cela un océan de plusieurs centaines de milliards de dollars de dettes basées sur l'immobilier et cotées sur les marchés financiers qui ont permis aux américains d'acheter maisons et autres biens en donnant comme garantie leurs biens. Ce marché a été largement investis par les asiatiques, les pays pétroliers ou les européens en mal d'investissement de leurs liquidités. Le problème évoqué se situe juste sous cet immense marché dans lequel énormement de monde est impliqué. Cette diffusion du risque est d'ailleurs vue par certains comme une garantie qu'en cas de crise, les pertes seront réparties sur un tel nombre d'intervenants et donc in fine ne devrait poser aucun problème. D'autres parlent de 'risques en chaîne' et de risque systémique. Toute la difficulté actuelle est que l'on constate les 2, les pertes s'amortissent mais la vitesse de propagation gagne.

Mon avis ? Il n'est pas anormal qu'à un moment ou à un autre d'un cycle de croissance économique et de croissance des liquidités et de la dette, une phase d'apurement des mauvaises dettes se réalise. Cela est sain, tout à fait normal. Cette phase va un peu vite, surprend, touche beaucoup de monde et se situe au mauvais endroit pour ne pas la sous-estimer. Je ne m'attendais pas moi-même en Août à devoir évoquer ceci aussi rapidement. En tout cas ceux qui voyaient les soucis du marché immobilier américain comme 'étant derrière nous' sont soit mal informés soit mal à l'aise avec tout ceci. Des banquiers qui cauchemardent trop longtemps n'est pas bon pour le développement de l'économie.

Publié dans ACTUALITES BOURSE

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