Apprendre et comprendre la finance : la titrisation

Publié le par Gilles Caye

Alors que nous avons ausculté la situation concernant les ménages américains n'arrivant plus à venir à bout de leurs remboursements amenant en cascade ensuite leurs prêteurs à faire faillite eux-mêmes puis les banques à constater des pertes, puis la bourse à subir de plein fouet ces problèmes, nous avons perdu le petit temps d'avance que nous avions et il convient aujourd'hui alors que le problème se discute au Sénat et au Gouvernement de reprendre le chemin pour non pas produire une quelconque anticipation mais bien comprendre les rouages par lesquels le mal peut se répandre ou par contre disparaître suivant le procédé qui va être décrit  et suivant leurs détracteurs ou leurs adeptes que nous laissons débattre.

Ce qui suit recouvre les dernières grandes évolutions de la finance, particulièrement américaine dont la notion "d'industrie financière" renvoie parfaitement à l'ampleur de la chose et la notion 'd'ingénierie financière' à la créativité constatée pour la développer. Pour une parfaite compréhension, vous pouvez associer ce qui suit à une activité de 'recyclage'. Toute cette activité se nomme 'titrisation', concerne l'acte de 'titriser' c'est à dire de créer des titres qui seront ensuite cotés  et donc revendus. Elle est associée au développement des 'produits dérivés' qui seront traités par ailleurs. Entrons dans le détail :

Si l'activité historique d'une banque est de porter en son sein les dépôts de ses clients et de re-prêter ensuite à d'autres encaissant le différentiel d'intérêt et les commissions qui y sont liés, la titrisation est l'acte d'acheter soit en interne soit à d'autres organismes financiers des engagements qui seront ensuite regroupés, 'packagés', associés en tranches dans une structure qui sera ensuite revendue  à d'autres investisseurs le plus souvent via cotation sur les marchés financiers. La différence essentielle entre les 2 est que dans le premier cas, la banque supporte les risques, dans le second elle est aussi un intermédiaire mais n'en supporte plus les risques puisqu'ils sont revendus, la banque ne se rémunérant que par un commissionnement sur l'acte réalisé.

Par exemple, aux USA où les frais de scolarité pour les universités sont élevés, les étudiants se trouvent confrontés à devoir avec leurs familles réaliser des prêts étudiants pour pouvoir assumer leurs études. Des dizaines de banques vont faire des prêts mais elles ont la faculté de se les faire racheter par une grande banque d'affaires qui va ensuite les regrouper et les titriser, c'est à dire les rendre cotables sur les marchés financiers, pour que d'autres puissent investir ce domaine. Ainsi un fonds de pension, un investisseur peut investir son argent dans un titre représentant une obligation garantie par des prêts faits à des étudiants avec donc une grande répartition du risque.

Autre exemple, AXA, l'assureur français, titrise également une partie de ses assurances, faisant sortir de son bilan les risques associés et donnant la possibilité à d'autres investisseurs d'y avoir accès. Un fonds et une sicav souhaitant diversifier ses risques ou accroître ses rendements ont donc dans la finance moderne un accès à des supports d'investissements grâce à la titrisation auxquels ils ne pourraient logiquement pas avoir droit. Le développement pour l'ensemble est intéressant dans la mesure où ceux qui initient les supports peuvent augmenter leur activité sans en supporter les risques et ceux n'étant pas du secteur ont l'opportunité de diversifier leurs avoirs. Titrisation = développement des encours = diffusion des risques avec toutes les caractéristiques positives ou négatives que cela implique.

Appliquons tout ceci à l'immobilier et à ce qui fait le 'tracas' des marchés actuellement:
Des millions d'américains réalisent un prêt en vue d'acquérir une maison ou pour acheter une voiture et d'autres biens donnent en garantie leur habitation, des centaines de banques leur font crédit et quelques grandes banques de Wall Street rachètent une partie de ses prêts, les découpent en tranches suivant la qualité des risques et du taux d'intérêt associés en leur donnant une notation sur la qualité du crédit puis incorporent tout ceci dans une structure (un titre financier) qui sera revendu le plus souvent via cotation sur les marchés.

L'ABX index BBB 06-2 que nous suivons ici depuis belle lurette et qui est au coeur du problème actuel une fois l'explosion des saisies immobilières constatées au stade inférieur signifie ainsi simplement l'index ou l'indice des ABX soit les obligations créées par titrisation et garanties par des prêts hypothécaires de qualité BBB (risqué) du 06-2 (second semestre 2006). Concrètement il s'agit de la tranche qui a été nourrie des fameux sub-prime loans dont on parle sans cesse aujourd'hui.

Vous l'aurez compris : si l'identification de l'organisme de prêt d'un particulier en défaut de paiement est très facile, savoir qui est touché par la faillite du prêteur pris sous le feu d'un flot de défaillances amène à considérer les banques qui soutiennent ce prêteur (ici sub prime lender comme new Century) mais qui est capable de dire qui et combien dispose de ces obligations qui ont perdu 30 % de leur valeur en quelques semaines puisque justement le but de l'opération est dans disséminer le risque et le rendement ?
"Où sont passés tous ces risques ?"  est la question centrale de la problèmatique actuelle rendant l'appréciation de la diffusion extrêmement difficile.

Comment a-t'on pu en arriver là ? Comment un organisme de prêt peut-il se contenter de faire un prêt sur 15 ans sur la simple déclaration de revenus sans production de feuilles de paye ou d'avis d'imposition ? Grâce à la titrisation. Le prêteur en contact avec le particulier est d'autant moins regardant qu'il va pouvoir se faire racheter le prêt ou 'refinancer' celui-ci par une grande banque, plus il génère du crédit plus il empoche des commissions.

Sur la qualité du particulier emprunteur, il applique qui plus est une majoration de taux d'intérêt à ceux ayant les moins bons 'scores' pour couvrir le risque supérieur. Les banques qui rachètent sont également d'autant moins 'regardantes' qu'elles vont elles aussi revendre cela via titrisation sur les marchés financiers et empocher les commissions. Les investisseurs cherchant à placer leur argent et scrutant les taux les plus élevés sont d'autant plus heureux de trouver sur le marché des obligations avec des taux élevés (car faits à des emprunteurs à risque) garanties par des hypothèques. L'appétit général est d'autant plus grand et le relâchement des normes important que plus les investisseurs y injectent leur liquidités plus des personnes sont solvabilisées. Plus il y a donc de demandes pour les habitations et plus les prix montent, plus les garanties en face des prêts sont importantes amenant à considérer de moins en moins le risque emprunteur et seulement la garantie et le taux.

Ceci se nomme 'la phase d'accoutumance au risque' ou 'la phase de complaisance' de laquelle nous sortons peu à peu.  Puis soudain... le réveil... les défaillances à la base...surprises, peur, pertes, chute de la valeur des habitations, moins d'engouement à investir dans ces supports moins de crédits ou à des taux ou à des conditions plus draconiennes et donc toutes les questions actuelles que se pose la planète entière dans le monde de la finance : la spirale peut elle repartir à l'inverse ?

Saisies immobilières puis ABX index puis subprime loans puis quasi faillite de  new century puis  actions des banques en baisse et demain ? Nous entrerons plus dans la technique prochainement mais retenez déjà le principe ci-dessus et quelques autres noms 'barbares' juste au cas où...CDO (collaterized debt oblligation), MBS (Mortgage backed securities) qui recouvrent pour l'essentiel les instruments de la titrisation de ces dernières années qui ont permis d'injecter des milliers de milliards de dollars dans l'économie américaine via ces leviers hypothécaires et immobiliers et basés sur la valeur des habitations que le procédé ne pouvait que faire monter. Beaucoup de choses en dépendent, les importations américaines dopées par cela et la planète entière a investi à l'intérieur de ces supports (européens, chinois, pays exportateurs de pétrole) à la recherche de beaux rendements et de bonnes garanties.

La diffusion du problème est donc non pas boursier, ni économique mais purement financier (englobant les hedge funds nous le verrons par ailleurs). La titrisation a dopé les bourses et donc l'économie, elle doit faire naître en vous la probabilité qu'au contraire si la crise devait grossir (et sans préjuger de quoi que ce soit et vu sous l'angle exclusif des notions de cet article) elle est financière avec des résurgences boursières et économiques et non l'inverse. En général on resdescend de la montagne escaladée pas de celle d'en face.

Si vous avez quelques doutes sur la caractéristique 'financière' des craintes actuelles, vous remarquerez qu'à la base les américains saisis ou sous la menace le sont n'ont pas par perte d'emplois mais pour des raisons financières (dossier mal étudié, hausses des taux variables qui les étranglent) et qu'au niveau macro-économique, la croissance est toujours importante et le taux de chômage bien inférieur à 5 % aux USA. Elle est donc aussi potentiellement globale.

La suite nous dira si la titrisation aura permis d'amortir la chute via la mutualisation des risques sur un grand nombre d'intervenants ou si au contraire elle est un facteur de risque encore plus grand vu la diffusion qu'elle implique. Pour l'heure, ces procédés nourrissent les craintes et les angoisses des économistes et des investisseurs comme vous pouvez le comprendre et le constater jour après jour.
 

Publié dans APPRENDRE LA BOURSE

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jean do 29/03/2010 10:31



Décidément l'anonymat du net aidant on peut tout se permettre...mais quel manque d'élégance dans vos écrits vous êtes qui? professeur de français...oui il y a des fautes et bien faites
vous plaisir, corrigez les ...mais après, êtes vous sur qu'il n'en restera pas quand même une ou deux ...   ;-)

et bien moi je dis bravo à cet article bien construit qui me donne envie d'en savoir plus ...
ps : n'est ce pas là l'essentiel



Gilles Caye 29/03/2010 11:03


On dira que j'ai vu la crise arriver de loin mais les fautes d'orthographe avec beaucoup de retard  


maya 10/12/2009 19:14


Article intéressant. Dommage pour les nombreuses fautes d'orthographe.


Apprendrelabourse.org 10/12/2009 19:46



Il  manquait une petite relecture de ce type sur celui-ci effectivement ...



Thibault 10/11/2008 22:05

Merci pour cet article complet et très instructif.

Peter pan 17/03/2007 11:30


AIDEZ FABRICE !
En résumé :
Fabrice est un petit garçon atteint d'une maladie rare, la leucodystrophie...
De nouveaux essais clinique sont en cours et Fabrice aurait enfin peut-être un espoir, mais ce traitement lui est refusé sous prétexte qu'il est trop vieux de 4 mois... Son père à décidé de lancer une pétition... Si vous désirez aidez Fabrice et sa famille vous trouverez toutes les infos sur mon blog... Merci pour lui...

 

Peter Pan...