Bourse : une partie de cache-cache

Publié le par Apprendrelabourse.org

Dans des volumes réduits, les principales bourses ont annulé les pertes de ces 3 derniers jours et particulièrement de la séance de mardi dernier. Le CAC 40 revient contre sa moyenne mobile à 20 jours à 4 400,45 points en hausse de + 2,23 %.

Au premier plan de la journée figure la baisse du pétrole qui retombe de 122 à 114 $ ce qui propulse, suivant une mécanique classique, les valeurs dépendantes comme l'automobile à la hausse. Celles bénéficiant de prix élevés des matières premières figurent aux dernières places du palmarès comme Arcelor ou Total. De même, les banques ont soutenu cette forte reprise dans le sillage de l'orientation plus positive qu'a connu ce compartiment de la cote hier soir à New-York. Enfin, la hausse du dollar contre euro à 1,4771 bénéficie aux exportatrices. Ce ballet en place depuis de nombreuses semaines entre données globales qui impactent au cas par cas telle ou telle valeur devient très familier et fonctionne à la hausse comme à la baisse. Nul besoin de s'étendre plus longuement sur le sujet.


Par contre à l'arrière-plan, le marché est entré dans une phase de test, presque de 'cache-cache' concernant les banques. Le Trésor attend de voir quelles sont les possibilités de renflouement privé concernant les principales institutions bancaires, pour limiter au maximum le coût de son intervention et le marché spécule sur la qualité et le nombre d'investisseurs susceptibles de se porter acquéreurs d'actions nouvelles des banques soumises à des difficultés.

C'est la phase où le marché veut savoir où se situent les 'poches profondes' (qui et pour combien ?) alors que ces dernières restent dans l'ombre dans l'espoir de pouvoir acquérir à moindre prix leurs cibles bancaires. 'Silence' ne valant pas ici 'absence'. 3 'sorties de l'ombre' ont d'ailleurs eut lieu aujourd'hui avec des effets assez nets :

. Le milliardaire W.Buffet, 1ère fortune mondiale, a ainsi non seulement indiqué qu'il jugeait le prix des actions plus attractif qu'il y a un an mais a mentionné qu'il avait renforcé ses positions sur l'une des 2 banques suivantes : American Express et Wells Fargo. American express a fait la course en tête au sein du Dow Jones sur la séance et gagne près de 5 %.

. Le Wall Street Journal, dans un article, mentionnait plus tôt la recherche par Freddie Mac de partenaires privés.

. Enfin, Lehman Brothers très chahutée ces derniers jours a fait l'objet d'une confirmation d'intérêt  de la part de la Korea Development Bank (à capitaux publics)
Le titre termine en hausse est reprend un partie du terrain perdu.

Le Dow Jones gagne + 1,73 % à 11 628,06 points.

Le patron de la Fed a jugé que la situation actuelle était la plus difficile jamais rencontrée dans un discours alors que W.Buffet estime que les choses sont encore entrain d'empirer actuellement. La perspective d'un affaiblissement de l'inflation liée au ralentissement économique exprimée par le premier permet d'ouvrir un peu plus largement les anticipations que les taux resteront stables alors que les achats du second rassurent sur la valorisation des banques.

A plus long terme et au rythme actuel des difficultés bancaires, la question de la mobilisation des acteurs aux 'poches profondes' sur ce compartiment devient déterminante.

La partie devient très difficile. A ne pas entrer rapidement dans le capital de Fannie Mae, le Trésor US risque de laisser le marché dans le doute comme vu hier. A le faire trop rapidement, le risque est d'arriver à la conclusion que le marché est épuisé en la matière. L'Etat semble aussi coïncé que ne l'est la banque centrale sur les taux, en l'état actuel.

Comment les autorités sont susceptibles de réagir dans ces moments critiques ?

Alan Greenspan, patron de la Fed pendant 18 ans confie dans ses mémoires "Le temps des turbulences" que lors de la crise asiatique, Bob Rubin, patron du Trésor en place alors n'avait pas pû prendre de vacances en famille sans qu'elles soient interrompues durant 18 mois. Celles de Henry Paulson actuellement doivent être très réduites.

Où se situent les peurs ? Ci-après un extrait tiré du même ouvrage :

"Lorsque la Russie se trouva en cessation de paiements, les modèles mathématiques de la Fed montrèrent qu'il était extrêmement probable que la croissance se poursuive à un rythme soutenu aux Etats-Unis malgré les problèmes de la Russie et sans intervention de la Fed. Nous avons tout de même choisi de baisser les taux d'intérêt en raison du risque, minime mais réel, que la défaillance des russes perturbe suffisamment les marchés financiers pour affecter gravement les USA. (...) Nous estimions que cet évènement hautement improbable mais potentiellement très déstabilisant représentait une menace plus grande pour la prospérité économique que la hausse de l'inflation susceptible d'être provoquée par un crédit plus facile"

Vous pouvez retrouver d'autres éléments sur l'importance des problématiques de défaillance comparées aux problèmes plus 'classiques' d'inflation ou de croissance/récession économique dans Apprendre et comprendre la finance : évolution de la courbe des taux US.

Un autre article est programmé d'ici peu sur les différences existantes entre 3 notions essentielles en finance : 'risque', 'scénario' et 'probabilités'. Là où le particulier est baigné dans un flôt de scénarios de redressement ou d'aggravation d'une crise de part ses lectures de la presse notamment, les financiers ont tendance à se baser sur la seule donnée du 'risque'. "Minime, hautement improbable" ... mais c'est dans ce sens que les autorités monétaires ont tendance en période de stress à agir  pourtant. L'investisseur particulier a tendance à ausculter l'avenir, il se centre sur l'élément le plus probable. Le professionnel, quant à lui, se focalise sur le risque, soit l'élément qui fait le plus de dégâts, particulièrement en matière de risques de crédit.

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