La planète finance au seuil de la panique

Publié le par Apprendrelabourse.org

fotolia_55098jpg-dominos-copie-1.jpgAprès une douche écossaise hier, les marchés européens  sont restés hésitants dans l'attente des chiffres de l'inflation des prix à la consommation  aux USA mais la statistique meilleure qu'attendue est venue poursuivre le mouvement de hausse avant que ne se produise une lourde rechute sous le coup du sauvetage d'un grand nom de la finance à Wall Street, le courtier Bear stearns.

Anticipée en moyenne par le consensus de marché à + 0,3 % après + 0,4 % en janvier, l'inflation est restée stable contre toute attente en février, la progression annuelle s'élevant à + 4 % comme le mois précédent contre + 4,3 % attendu. L'indice de base ou 'core', hors alimentation et énergie, est resté également stable avec une progression annuelle de + 2,3 % après + 25,3 %. Surprise à moitié car ceci concerne le passé avec des prix du pétrole en baisse alors que depuis le baril a continué sa hausse.

On notera que les services progressent annuellement de + 3,2 %, les soins médicaux de + 5 %, l'éducation de + 6 % alors que les loyers qui sont intégrés à hauteur de 30 % dans cette statistique refluent à + 2,6 % contre + 4,1 % au début 2007. Avec des prix de l'énergie en hausse de + 19 % et alors que de nombreuses données vues ces dernières semaines plaident de façon unitaire pour des signes de stagflation (croissance anémique mais prix en hausse) ces éléments commencent à mettre en relief derrière la hausse faciale des prix, le choc actuellement en cours entre déflation d'un certain nombre d'actifs comme l'immobilier dont on retrouve ici via les loyers la pression baissière et de l'autre la hausse des matières premières largement détailléeil y a 15 jours.

L'enseignement  est qu'il est important de ne pas tomber dans les jugements hâtifs sur l'interprétation concernant les prix de manière générale et de bien continuer à en suivre le cheminement à l'inverse d'une récession qui ne surprend plus personne et de l'annonce choc du jour qui annule tout débat sur l'état de santé des marchés du crédit.

Le sentiment du consommateur (préliminaire - stat finale : à la fin du mois) a ainsi confirmé ce mois-ci à 70,5  le nouveau décrochage du mois dernier à 70,8 après 78,4 en janvier.
uofm.gifEnfin, la demande d'urgence de Bear Stearns en proie avec un manque de liquidités crucial a remis le feu aux poudres nécessitant l'intervention de la Fed (via la Banque Jp Morgan et sa subdivision de New York ne s'agissant pas d'une banque commerciale) pour lui apporter les fonds nécessaires à sa survie. Comment faire autrement alors qu'un défaut mettrait en balance un jeu de contreparties financières tout à fait insoluble sur la planète entière compte tenu de la taille de la société et des montages réalisés sans compter l'impact psychologique attaché à une banqueroute avérée d'un tel établissement ?

Là où les informations pullulent sur les aspects techniques du renflouement, les anticipations/pronostics des uns et des autres, des mises en cause et des explications a posteriori nous réaffirmons ici quelques points essentiels :
  1. - la finance est une construction humaine comme une autre qui n'est pas exempte de difficulté voire d'effondrement à certains endroits. La taille, le nom ne permette pas de se situer en dehors de ce cadre quelques soient les techniques utilisées ou inventées. Ici c'est le 'to big to fail' (trop gros pour le laisser tomber) qui prévaut avec une mise sous perfusion de l'autorité monétaire.
  2. - si le risque systémique (réactions en chaîne) reste une question très ouverte quant à sa réalisation effective, il ne fait aucun doute qu'une action de ce type vise à le combattre de façon très acharnée. C'était un des points relevés dans le rapport du forum économique mondial.
  3. - enfin et surtout à l'heure où les comparaisons avec 1987, 1929, les années 70 et d'autres guident les uns et les autres pour assoir des repères historiques et comprendre ce qui pourrait nous attendre à l'avenir, de nombreuses similitudes apparaissent avec l'une ou l'autre certes mais celle qui s'impose concerne le niveau de panique avec des investisseurs tétanisés par les soucis du crédit difficilement perceptible au grand jour même pour les marchés actions. Ceci ressemble à la panique bancaire de 1907 et des crises identiques du 19 ème siècle.
De quoi s'agit-il ?

A partir du moment où la confiance est rompue pour une raison ou une autre, ce que souffre difficilement l'activité de banquier ou financière, ce simple fait peut avoir des effets dévastateurs. Les faillites ne mènent pas aux paniques nécessairement ( crédit Lyonnais en France, faillites bancaires scandinaves liées à l'immobilier des années 90...) mais les paniques font approcher les faillites à grand pas. La rumeur de difficultés de trésorerie aura contraint Bear stearns à rencontrer un affaiblissement de celle-ci ces dernières heures de façon dramatique sur ce simple fait verbal...  Qui est prêt à apporter ses avoirs alors que les rumeurs enflent et que le titre décrochait encore alors même que la Fed mettait en place une procédure inédite. La confiance n'a rien à voir avec les chiffres. Ceux-ci n'y peuvent rien.

Que feriez vous ?... on s'abstient, on ne bouge pas, on retire ses fonds des endroits sous le coup de rumeurs. C'est la position actuelle sur un grand nombre de marchés du crédit. Une attitude qui se répand, gonfle et vient au grand jour sur des noms de plus en plus importants et de plus en plus visibles.

Si des éléments fondamentaux comme l'implication dans les subprime est à la base bien évidemment, la seule évocation que ceci puisse se transformer en insuffisance de trésorerie peut créer un effet psychologique d'auto-réalisation mortelle et d'une rapidité inouïe.

Il n'y a là qu'évocation d'un fonctionnement, d'un mouvement en cours sur lequel nous reviendrons.

Vous savez que les week-ends sont le lot des grands rendez vous des argentiers et des grandes décisions (G7, Forum de Davos etc..) mais également le temps des 'digestions' des infos distillées la semaine. Bear Stearns va mobiliser les attentions pour celui-ci.

  1. Que retenir ?  1907 a été une des raisons fondamentales de la création de la Fed en 1913 pour éviter les paniques qui, quels que soient leurs fondements réels ou non se terminaient assez souvent en faillites. Elle terminait de manière importante toute une serie qui avaient émaillée le 19 ème. La Fed est ici pleinement dans son rôle et y parvient. Elle traite les faillites mais rien n'indique à l'heure de l'écriture de cet article que le processus de panique qui est passé par la banque Northern Rock, l'assèchement du segment des subprimes et par l'arrêt de 80 % d'un marché de 300 milliards $ sur les obligations municipales soit endigué. Au contraire.
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  4. . pour mémoire : article du 15.9.07 avec quelques liens et vidéo sur le sujet à reconsulter ainsi que l'article du 14.9.07
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  7. "Le concept de panique bancaire ne doit pas être confondu avec celui de la faillite bancaire. La faillite bancaire est de même nature que celle de n'importe quelle autre firme. Une banque peut faire faillite sans que se produise de panique, et des paniques peuvent ou non déclencher des faillites" (revue économique mars 1992)
Le marché des obligations municipales ou Bear Stearns ne voient pas les épargnants battre le pavé pour retirer leurs économies, ils voient les professionnels et les institutionnels les déserter purement et simplement. Une forme de panique de professionnels propre au marché du crédit sorti par la titrisation du giron direct des banques traditionnelles. On oublie pour une fois le score du jour du CAC 40 et du Dow Jones. Bon week-end.

* Pour d'autres compléments sur cette seconde partie --> Fed - Banques Centrales - Système financier : Nouvelle ère ou retour aux sources ?

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