Docteur Copper a t-il de la fièvre ? - Partie 1

Publié le par Gilles Caye

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Tout d'abord faisons les présentations pour les non initiés afin qu'ils puissent comprendre ce titre aux allures saugrenues en apparence.

'Copper' signifie 'cuivre' en anglais et le titre de Docteur (Dr.) qui lui est souvent associé pour les financiers a trait à sa capacité supposée d'être un indicateur avancé de l'évolution de l'économie dans son ensemble.

La raison réside dans l'utilisation qui est faite sur l'ensemble de la planète de ce métal pour des applications résidentielles et immobilières (plomberie, chauffage, climatisation) pour environ 1/4 de la demande mondiale mais surtout en tant que 2nd meilleur métal conducteur d'électricité après l'argent et dont l'utilisation est accaparée aux 2/3 par les secteurs de l'électricité et de l'électronique. Enfin viennent les applications dans les systèmes de transport et l'engineering et certains process industriels et tous composés nécessitant ce métal pour divers alliages.

Alors que la production est concentrée sur quelques pays (Chili, USA, Indonésie et Pérou) 75 % des exportations sont réalisées par le Chili, le Pérou, l'australie et l'indonésie rencontrant au premier chef l'énorme demande chinoise qui est passée en un peu plus de 10 ans de moins de 10 % de la demande mondiale à près du quart.

Si les prix peuvent varier lors d'une rupture d'approvisionnement due à cette concentration de la production et encore plus des exportations, on voit qu'avec les secteurs cités plus haut, que l'utilisation finale est en corrélation avec le cycle économique puisque les activités sont avant tout 'cycliques". Suivre les cours du cuivre permet de cerner un peu en avance la conjoncture globale sur la planète. Ce métal est par ailleurs la ressource naturelle qui enregistre le 2 nd montant le plus élevé en terme d 'échanges après le pétrole.

Bref, si on s'échange du cuivre, l'activité sur la planète a des chances de connaître une croissance alors qu'une régression de sa demande peut alerter sur une décroissance de l'activité générale. Évidemment, le signal n'est pas 'pur' à 100 % puisque l'installation par exemple de climatisations peut se faire en période de ralentissement immobilier et une part de la consommation répond à des besoins en infrastructures à très long terme surtout dans les pays émergents.
 
Enfin, la production qui a augmenté plus rapidement depuis le milieu des années 90 pour répondre à une demande en accélération trouvent leur point de rencontre dans l'état des stocks qui forment les prix dans une large mesure (stocks : LME : marché de Londres/ Comex : N-Y: SHFE : Shanghaï / En rouge : producteurs / En jaune : consommateurs et grossistes / en  bleu foncé : le cours du cuivre / échelle de gauche : stocks en semaine de consommation / éch. droite : prix en $ par tonne)

Stocks en hausse, prix en baisse, nous avons là la formation des prix classique lors d'un rapport offre / demande. Et ceci est fonction des cycles de l'économie : les 2 récessions américaines du début des années 80 comme celle du début des années 91/92 ont eu leurs effets dépressifs sur les prix. La chose est moins nette pour celle de 2001/2002 car le mouvement s'est réalisé dès 95 à un moment où une récession était anticipée qui ne s'est en fait pas matérialisée complètement in fine. Au redémarrage du cycle en 2003... c'est reparti.

Demande en hausse, stocks en baisse, prix en hausse. Nous avons donc bien là une corrélation intéressante à suivre et la base du suivi réalisé par de très nombreux investisseurs à travers la planète.

Si je suis rentré dans le détail de ses données fondamentales, c'est avant tout pour vous montrer la qualité de cet indicateur et non pour vous donner en tant que tel 'les explications rationnelles' telles qu'on a l'habitude de vouloir les poser. Comme pour le pétrole traité le week-end dernier, nous allons orienter notre regard sur les orientations possibles à venir et leurs significations en tant que conséquences potentielles plus que sur l'explication directe de l'état actuel. Pourquoi ?

• Tout d'abord à court terme, les prix ont connu une baisse nette dernièrement avec des stocks  en hausse de + 10 % jeudi pour Shanghaï et de 11 150 tonnes à Londres les portant à 121 275 tonnes. Une hausse certes mais ce dernier chiffre correspond à seulement 2 jours de consommation globale. Une grève dans une mine au Chili peut également avoir des interactions franches. Le but ici n'est pas de faire du trading sur des contrats cuivre (des sites entiers y sont consacrés) mais de s'en servir comme indicateur pour le plus grand nombre.

• A plus long terme, alors que vous êtes pris sans doute lors de vos investigations entre différents experts qui vous expliquent que la hausse est due à un cycle de long à très long terme de hausse des matières premières, cuivre compris, d'autres analysent la hausse depuis 2005 comme un excès qui a touché tous les actifs parlant de 'bulle' prête à se dégonfler à tout moment. L'approche ici est de vous permettre d'utiliser ces données pour fonder votre propre jugement :

- Si les convictions sont nécessaires pour investir en bourse, disposer d'un plan B ou d'une porte de sortie n'enlève rien à la force de vos engagements et peut vous rendre plus libre vis à vis des émotions qui peuvent résulter d'argumentations ou d'explications mentales internes ou en groupe. 

- Le 2 ème enseignement dans le rapport 'explications' / 'cours' est par ailleurs très souvent inversé car ce sont les cours qui vont départager ceux pris dans le train se protégeant par exemple de l'inflation en y investissant de ceux à l'écart jugeant ici une surévaluation. Il n'y a jamais personne même de sur-diplômé ou d'hyper expérimenté qui sort de sa boîte
pour vous dire "t'as raison". Ce sont les cours qui départagent les experts.

- A un moment où des signaux  ne vont pas tarder à se déclencher dans un sens où dans un autre, cela ne va rien changer pour ceux qui se sont déjà inscrits dans la hausse mais comme sur tout autre support, soit vous faîtes un pari aujourd'hui, soit vous attendez un signal. Je n'ai rien à dire sur l'une ou sur l'autre façon de faire, il faut simplement en avoir conscience. Dans un cas vous prenez plus de risque et donc de gains ou de pertes potentielles ou vous attendez un signal, une cassure, pour vous engager.

- Qui préférez vous suivre, l'avis du meilleur spécialiste dans le domaine (qui accessoirement gère des fonds investis sur le support) ou la courbe issue de toutes les interactions concrètes ?

- Enfin, retenez que les cours se font 'à la marge'. Si vous avez un restaurant et qu'il vous faut 100 couverts par jour pour équilibrer vos comptes, c'est le client en moins ou en plus, la tablée de 10 qui se décommande à la dernière minute qui fera basculer les choses. Ici c'est pareil. Est-ce qu'être 'exhaustif' est d'un quelconque secours ici ? Avez vous plus besoin d'une étude complète sur les 100 ou sur les 10 qui arriveront peut être à l'improviste ?... Est-ce seulement réalisable ? Quelques 'spéculateurs' en plus ou en moins ...

 

Comme pour le pétrole, sur ce dernier graphe, on voit qu'après un long périple dans un canal à la base légèrement haussier, le cuivre s'inscrit dans un 2 ème mouvement historique depuis 2005. La hausse des cours s'est réalisée avec une baisse des volumes alors que ceux-ci ont augmenté récemment mais les cours sont restés dans cet espace supérieur assez étroit.

Demain, nous zoomerons sur le haut de ce thermomètre pour comprendre un peu mieux la configuration dans laquelle nous sommes. Nous verrons que les cours vont sans doute nous parler d'ici peu. En fonction de la sortie, certains investisseurs changeront de toute façon de scénario ou l'infléchiront et ceci aura des conséquences potentielles sur un grand nombre d'éléments, renforçant d'ailleurs le plus souvent le nouveau mouvement. Soyez en éveil et ne restez pas (trop) accrochés à vos anciennes explications si les cours vous en donnent une autre.

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Publié dans INVESTIR EN BOURSE

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