Taux d'épargne US : une amélioration en trompe l'oeil

Publié le par Gilles Caye

En ces périodes de fêtes, les volumes sont très faibles et la séance du jour n'apporte guère d'éléments complémentaires en terme d'informations décisives. Profitons en quelques instants pour continuer d'étudier plus en détail la statistique des revenus et dépenses des ménages US parue le 24 décembre.

Outre ces 2 données et le taux dinflation dit 'PCE' détaillé mercredi, cette série statistique délivre chaque mois le taux d'épargne des ménages.

Nous allons faire un point tout d'abord sur les dernières évolutions et ensuite replacer cela dans sa perspective historique.

 Ressorti à 2,8 % des revenus pour novembre ce taux continue à montrer un début d'amélioration. Face à un environnement plus difficile, les ménages sont de manière très classique plutôt portés à réduire leurs dépenses et à devenir prudents. La reconstitution de l'épargne qui avait atteint un niveau extrêmement faible, voire négatif, est un des bienfaits de cette crise qui n'a pas manqué d'être souligné semaine dernière un peu partout.

La lecture du graphe ci-dessous montre effectivement ce léger 'mieux' mais nous sommes encore dans l'attente d'une véritable nouvelle orientation (au-dessus de la droite orangée)



En remontant encore plus loin à l'aide d'un graphique (ci-dessous) paru fin 2006 sur TheBigpicture, on voit que nous sortons d'un niveau équivalent à celui qui existait lors de la Grande Dépression, les ménages ayant alors eu tellement de déboires que la volonté d'épargner a été contrecarrée par la capacité à pouvoir le faire.

En conséquence, nous allons ici lors des prochains mois observer attentivement cet aspect pour juger de la capacité réelle des ménages à inverser vraiment la tendance et en faisons dès à présent un indicateur pour 2009 de sortie ou au contraire d'aggravation de la crise. Rappel : 70 % du PIB de la première puissance économique mondiale dépendent des revenus, des dépenses des ménages et de la façon dont ils vont arbitrer entre achats ou épargne. Confrontés à des revenus et des dépenses en chute, des difficultés à pouvoir épargner serait un signe de gravité à prendre en considération alors que nous ne sommes qu'à la moitié en novembre 2008 du taux de 1930. En attente de plus ample confirmation donc.


Rendus plus 'vertueux', les ménages ont par ailleurs réduit leur endettement (graphe 3)



Voilà un second élément qui a priori va aussi dans le sens d'une amélioration. A la question posée dans l'édito N°3, intitulé ' Endettement US : remboursement ou fuite en avant ?', on est ainsi tenté de dire 'début de remboursement'.

Mais en considérant la totalité de l'endettement vu dans cet article d'août dans lequel nous avions observé quelques indices de réduction de la dette totale, force est de constater qu'en cette fin 2008, c'est reparti à la hausse...



L'activité du crédit n'a pas totalement calé en partie grâce à l'état dont l'endettement s'envole à la verticale :


Les ménages américains ont en fait sur leurs épaules, en tant que contribuables, un nouveau record de dettes. Le poids direct est en réduction mais le poids indirect et la charge de remboursement via impôts dans le futur s'accroît toujours de jours en jours.

Les dettes totales représentent plus de 350 % du PIB et se répartissent grosso modo de la sorte :

1 - près de 100 % comme nous venons de le voir est détenu par les ménages
2 - un 'gros' 60 % par l'état (on reviendra très en détail sur ce chiffre)
3 - le reste ? ...Par les entreprises financières et non financières soit près de 2 fois le PIB.


Pour continuer à escalader le 'mur de la dette' vu dans "Crise financière : au secours ...mais qu'est ce qui se passe ?!", l'état est le dernier agent économique a avoir encore la capacité à pouvoir monter à la verticale. C'est le dernier recours, la dernière pompe à crédit qui puisse irriguer l'économie en relation avec le secteur financier.

2 grandes questions résultent de tout cela et posent les interrogations de fonds en cette fin d'année, au-delà des exercices de style habituels en forme de rétrospectives sur 2008 et des prédictions des uns et des autres pour 2009 :

- Nul ne connaît la part de dettes qui peut ainsi continuer à 'riper' des point 1 et 3 vers le point 2.
- A partir de quel niveau 2 (l'état) commencera à avoir des difficultés sachant que les sommes restent in fine toujours bel et bien à la charge des ménages (et des entreprises)

En 2009, nous rentrerons ainsi plus dans le détail à chaque fois que l'actualité le rendra nécessaire pour répondre à la première question. Quant à la seconde, cela fera l'objet de mon 4 ème édito courant janvier, intitulé "Crise financière : au secours ... mais où va-t-on ?

Publié dans INVESTIR EN BOURSE

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