Apprendre et comprendre la finance : courbe des taux et situation économique

Publié le par Gilles Caye

fotolia-d--cider-757896-copie-1.jpgOn peut représenter l'évolution des taux d'intérêts en prenant une référence (taux à 3 mois, à 1 an ou 10 ans par ex) et voir dans le temps sa progression, on a vu également que la courbe des taux* en présentant un tracé des différents horizons ou maturité  nous donne d'autres informations et une vision de leur hiérarchie. Dans le premier cas on a une information dans le temps mais limitée à une référence qui ne donne pas toute l'amplitude des taux, dans le second on a l'ensemble des taux existants mais on perd en visibilité sur leurs évolutions dans la durée. Les taux étant au centre des débats actuels voyons aujourd'hui une représentation beaucoup plus riche en informations pour comprendre où on se situe :

Voici la courbe des principaux horizons des obligations d'Etat américaines depuis 1980 qui représente une évolution historique large sur des échéances très diverses pour les taux  US soit les plus importants au monde, travaillés et utilisés de la façon la plus large qui soit. Quelles sont les observations principales ? (Graphe 1)
  1. - L'action de la banque centrale qui juge de baisser ses taux pour relancer l'économie ou de les remonter pour la freiner (ou simplement les 'normaliser') a un impact essentiellement sur les taux à court terme alors que les taux à long terme sont gouvernés par le marché obligataire. Les taux directeurs influent sur la partie dite 'courte' de la courbe des taux c'est à dire en fait sur le marché monétaire pour les maturités inférieures à 2 ans.
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  3. - Les courbes de taux plates ou inversées (taux court = taux longs, ici signalées par des courbes ressérrées) comme actuellement précèdent historiquement des périodes de récession (en rose) avec une action de la banque centrale qui les fait plonger et une  augmentation des différentiels des taux d'intérêts entre chaque échéance (c'est à dire des spreads) Des taux en baisse et des spreads qui s'élargissent donnent un pronostic meilleur sur la survenue d'une récession que le simple fait d'avoir une pente simplement inversée. Il faut cependant un peu plus de temps pour le constater.
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  5. - Qu'il y ait phase d'expansion ou de récession, la pente de long terme est baissière depuis 1981  car la période depuis plus de 20 ans est à la désinflation. L'inflation en baisse nécessite un taux moindre pour la couvrir et s'en prémunir.

    1. Cliquer sur les graphes pour les agrandir
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Voyons alors les choses lors d'une période inflationniste en remontant jusqu'au début des années 50 :
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- On retrouve le même niveau de baisse à l'approche des périodes de récession et le plus souvent également une augmentation des spreads.

- plus l'inflation augmente et bien au-delà des périodes d'expansion ou de récession, la tendance inflationniste imprime une hausse nécessaire là aussi sur le long terme, les taux 'courant' derrière l'inflation, chaque investisseur ayant à coeur de couvrir la perte financière qu'elle représente.

- les taux baissent tout de même lors des phases de récession en raison de l'effet souvent récessif sur les prix lié à la réduction de l'activité, aux baisses de la banque centrale et au fait que les investisseurs moins en verve pour prendre des risques viennent se réfugier dans ses placements émis par l'Etat américain, jouant surtout donc la sécurité de leur capital investi, et sont donc prêts à accepter en contrepartie un moindre rendement. Le risque de défaut ou de perte en capital est ressenti de façon plus importante que la perte liée à l'inflation.

Voilà pour ce que l'on peut voir dans cette courbe et pour l'historique .. qu'en est il de ce qu'il est plus difficile de voir et pour les prochains mois ?

Inflation, anticipation de baisses des taux, action des banques centrales, refuge des investisseurs sont visibles mais qui dit obligation dit remboursement et risque de défaut  potentiel. Sur les obligations réputées les plus sûres car reposant sur le gouvernement de la 1ère puissance économique... quelle est cette part ? Très difficile d'y répondre et le simple fait de se poser la question peut paraître incongru. Néanmoins avec un pays qui voit ses déficits et son endettement mis en avant chaque jour dans les actualités, ce risque devient de moins en moins théorique d'autant que nous avons enregistré des sorties nettes de capitaux ces dernières semaines. A tout le moins, une hausse des taux pourrait exprimer une défiance des investisseurs demandant plus de rémunérations pour le risque qui va croissant (les déficits fédéraux se réduisent cependant actuellement) Une hausse des taux pourrait être rendue nécessaire pour continuer à attirer des capitaux et soutenir l'attrait du dollar à partir d'un certain point...

Conclusion : la pente actuelle tend à valider un épisode pré-récession. Surveillons donc l'évolution des spreads... peut être dès semaine prochaine avec la décision de la Fed. Deuxièmement, si une hausse des taux devait intervenir attention à ne pas faire de conclusion hâtive sur un regain d'inflation qui pourrait n'être en fait qu'un rééxamen du risque de "la maison USA". A l'inverse, il convient de retenir qu'une baisse des taux pourrait nous faire passer largement à côté du risque inflationniste dans le cas d'un ralentissement prononcé ou d'une récession avérée, les investisseurs relèguant habituellement ce risque au second plan. Enfin il reste une question : Soigner un ralentissement économique avec une baisse des taux a été très souvent le remède utilisé mais peut on soigner une crise financière et monétaire lié au crédit en baissant son coût et en le rendant donc à nouveau plus facile ?
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