Investir dans l'or : Interview de Léonard Sartoni, auteur d'un guide d'investissement (Partie 2)

Publié le par Gilles Caye

couv-livre-or.jpg(Copyright©apprendrelabourse.org) Voici la suite de l'interview parue mercredi dernier:

. Investir dans l'or : Interview de Léonard Sartoni, auteur d'un guide d'investissement (Partie 1)

GC : selon le fil de votre livre, pour vous l'or est toujours une monnaie. Pourtant aujourd'hui ce n'est guère plus dans les faits qu'un support d'investissement finalement comme un autre, le métal jaune étant juste plus rare et précieux. Ne s'agirait-il pas tout simplement d'une évolution historique assez logique ?

LS : Très bonne question ! On pourrait penser en effet que toutes nos connaissances accumulées d’un point de vue économique, social et politique, devraient rendre l’or inutile en tant que monnaie dans notre société moderne. Qu’en est-il vraiment ? Ce que nous voyons aujourd’hui sur ces trois niveaux n’est guère réjouissant. Les politiques ne semblent se soucier que de leur réélection, donc ne sont pas franchement portés sur la rigueur budgétaire. Les déficits s’accumulent, et les banques centrales augmentent les masses monétaires sans complexe, donc réduisent en même temps le pouvoir d’achat de la monnaie. Du côté de la population, les inégalités grandissent, car l’inflation causée par l’augmentation débridée de la masse monétaire est très dommageable pour les revenus modestes.
Alors que le cycle précédent a vu l’inflation se diriger vers les actions et l’immobilier, tout en épargnant les matières premières, notre présent cycle pourrait voir le nouvel argent se diriger en force vers les matières premières, et poursuivre la tendance que l’on observe depuis le début de la décennie : hausse du prix du pétrole et des céréales se répercutant directement sur le panier de la ménagère. Comme le calcul de l’indice des prix à la consommation (IPC) suit les habitudes de consommation de la ménagère, il reflète mal la hausse véritable du coût de la vie.

En effet, si certains produits deviennent trop chers pour la ménagère, celle-ci change ses habitudes de consommation en se rabattant sur des produits moins chers. Cela n’échappe pas à nos statisticiens, qui vont s’empresser de modifier la pondération et la sélection des produits qui figurent dans le calcul de l’indice. Résultat : l’indice IPC sous-estime la hausse véritable des prix à la consommation. Malgré cela, on risque fort d’assister à de violentes revendications salariales ces prochaines années, et tout cela pourrait nous entraîner dans une spirale inflationniste.

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Je pense que nous sommes en train de vivre une expérience monétaire qui se soldera vraisemblablement par un fiasco au cours de la prochaine décennie. Les monnaies-papier qui n’étaient pas couvertes par de l’or ont toutes fini par servir comme papier de toilette. Le dollar a déjà perdu plus de 96% de son pouvoir d’achat depuis 1913.

A présent, à mon tour de vous poser une question Gilles : si vous deviez partir 100 ans dans le futur, qu’emporteriez-vous avec vous ? Des billets de 100 euros ou l’équivalent en pièces d’or ? Je ne pense pas qu’un billet de 100 euros achètera toujours les mêmes choses d’ici 100 ans, en revanche vos pièces d’or garderont leur pouvoir d’achat aussi longtemps que l’on aura pas trouvé le moyen d’extraire massivement l’or de l’eau de mer ou d’exploiter des minerais sur des autres planètes. Voici ce que nous a apporté l’évolution historique du démantèlement progressif du système monétaire de l’étalon-or : de multiples guerres financées à crédit, et l’édification d’un empire américain qui est parvenu à acheter le monde avec des morceaux de papier appelés « dollars », tout en forçant les autres pays à les accepter comme moyen d’échange pour tout achat de matière première. Mais cela est en train de changer. De plus en plus de pays deviennent réticents à accepter le paiement en dollars aujourd’hui. Attention, je ne dis pas que le système de l’étalon-or peut empêcher la guerre, mais il pourrait peut-être en limiter les coûts et la durée…

L’évolution historique nous montre justement que sans couverture or, la sagesse manque aux gouvernements pour éviter l’endettement et la dévaluation monétaire. Je pense que le rôle de l’or en tant qu’ultime monnaie reviendra sur le devant de la scène, tôt ou tard. Non parce que cette monnaie est parfaite, mais parce qu’elle est beaucoup moins dommageable que la monnaie fiduciaire, sur bien des points de vue.


GC : Vous indiquez que toutes les monnaies papier de l'histoire comme celle que nous connaissons actuellement emporte avec elle le problème de l'inflation lié à la création de monnaie sans limite et donc finissent par retourner à leur valeur intrinsèque soit zéro. Pour autant le système actuel a permis pendant des décennies un développement économique permettant le commerce est une élévation générale des niveaux de vie. Si l'or a des atouts en terme d'orthodoxie financière, repartir sur une base stricte d'un étalon-or ne risque-t-il pas à l'inverse de nous faire aller dans un rigorisme forcené ? Les systèmes monétaires bi-métalliques et de type étalon-or ayant eu aussi leurs effets néfastes.

LS : Effectivement, avec le système de l’étalon-or, les récessions étaient plus nombreuses, et à ce moment-là l’économie entrait en déflation. Mais l’économie se développait quand même. Songez au développement fulgurant des Etats-Unis à cette époque. Toutes les grandes villes des Etats-Unis se sont construites lorsque le dollar était encore couvert par de l’or. Le pouvoir d’achat des gens à cette époque augmentait réellement. La même chose en Europe. L’épargne des gens sous forme d’or conservait son pouvoir d’achat, contrairement à un compte épargne aujourd’hui, dont le rendement se tient largement au-dessous du niveau de l’inflation. Et que voit-on au cours de ces dernières décennies, lorsque les monnaies se sont détachées de l’or ?
D’une part, les femmes ont du se mettre à travailler pour que le niveau de vie tel que vous le décrivez puisse sembler convenable, et d’autre part les gens se sont endettés comme jamais dans l’histoire. Pour moi les Etats-Unis, avec un tel niveau de dette, ne sont pas riches, ils sont complètement fauchés ! Et le niveau d’endettement est également inquiétant partout en Europe. Même la Suisse n’est pas épargnée. Et puis, il y a certainement élévation du niveau de vie pour les cadres dirigeants, mais pas pour l’ouvrier. Seule une petite partie de la population a profité de la croissance économique ces dernières années, et a pu se protéger des ravages de l’inflation en possédant actions et biens immobiliers. Le bilan n’est pas si rose que ça avec la monnaie fiduciaire…

Je reste pourtant persuadé que de grosses fortunes vont se défaire au cours des prochaines années, car ceux qui ne seront pas positionnés sur les bons actifs risquent de le payer extrêmement cher. L’immobilier pourrait ne plus grimper aussi vite que durant la dernière décennie, et les actions pourraient devenir sulfureuses. Mon message est simple : la population doit se protéger, aujourd’hui même, en détenant un peu d’or physique, juste au cas où…

GC : En raisonnant à plus court terme et dans une optique d'investissement au-delà de l'approche or = monnaie ?, depuis quelques années, toutes les classes d'actif montent (immobilier, actions, obligations etc..) ainsi que l'or, en quoi serait-il exempt d'une correction si les flux du crédit et de la spéculation qui ont porté les hausses de ces dernières années régressaient plus franchement. La décorrélation n'est pas évidente ?

LS : J’entends ce discours depuis 2004 au sujet de l’or. Mais lorsque la marée se retirera, on verra bien qui nageait sans costume de bain ! Je ne me fais pas trop de soucis pour l’or, car durant la crise des prêts immobiliers à risque, au mois d’août de cette année, l’or a été un des seuls actifs à résister aux liquidations. On a tendance à oublier au sujet de l’or que la taille de ce marché est vraiment minuscule en comparaison à la taille des autres marchés : immobilier, actions et obligations. Cela signifie qu’il suffirait de très peu de capitaux en provenance du marché des actions et des obligations pour faire grimper en flèche le cours de l’or. Evidemment, beaucoup de capitaux spéculatifs pourraient quitter le secteur de l’or pour une raison ou pour une autre (hedge funds en recherche de liquidités, petits spéculateurs en proie à des difficultés sur des autres marchés et qui épongent leurs pertes avec l’or, investisseurs qui vendent leur or dans la panique sans se poser de question, …), mais à mon avis le navire ne ferait que se délester de mains faibles. D’autres mains fortes en profiteraient pour acheter, car les fondamentaux pour l’or montrent qu’un tas d’acteurs d’envergure accumulent systématiquement le métal depuis 2001. L’or et les actions de mines d’or étaient totalement décorrélés des autres marchés durant le marasme boursier 2001-2002.
Ensuite les marchés ont semblé évoluer en parallèle. Je dis bien « ont semblé », car il s’agit d’une illusion ! Le Dow Jones a grimpé de 2003 à 2007, mais seulement en terme de dollars. Lorsqu’on exprime la performance du Dow Jones en termes d’or, de pétrole, de produits agricoles ou de métaux industriels, Le Dow Jones a poursuivit sa baissé entamée en 2001. A cause de la forte dévaluation du dollar, la hausse en termes de dollars est bidon.

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On peut faire de même avec le CAC 40 en termes d’or : le CAC a débuté le millénaire à 5950 points et se trouve à 5740 points au moment d’écrire, donc quasiment 8 années plus tard. Sur la même période, le prix de l’or est passé de 273 euros à 550 euros. En termes d’or, le CAC 40 affiche donc une baisse de 52% par rapport à sa valeur du tout début de l’an 2000 ! Encore une fois, il faut prendre suffisamment de recul pour voir apparaître la tendance de fond.
Pour moi, il n’y a pas de corrélation positive entre le marché des actions et l’or. Les deux secteurs sont engagés dans des cycles de long terme de phase opposée. Mais pour répondre à votre question, oui, il est possible qu’une violente secousse, voire un krach sur les autres marchés emporte brièvement l’or et les mines d’or dans la tempête, mais je dis bien « brièvement », car l’or apparaîtrait vite comme un des seuls refuges pour les capitaux en déroute. Sa tendance de fond ne pourrait que s’en trouver renforcée. Si vous voulez investir dans l’or, il ne faut pas le faire pour des profits de court terme, il faut disposer d’un horizon de placement d’au moins 5 ans. Dans cette optique, un trou d’air passager ne ferait pas beaucoup de différence à la fin… Je vise tout de même un prix à plus de $2'600 l’once !

GC : Merci pour toutes ces précisions, ma dernière question lie un peu tous les aspects de notre échange : monnaie, métal ou support d'investissement retrouvé ? La question reste en suspens mais on attend encore son évolution propre en euro ou dans d'autres devises, car en fait sur les dernières semaines l'or a surtout été une bonne couverture contre la baisse du dollar. Si plusieurs éléments valident la hausse pour un investisseur en dollar, quelle est votre approche pour un investisseur en euro ou dans des devises fortes comme le dollar canadien ?

LS : Je ne peux que vous renvoyer à ces deux graphiques, montrant l’évolution du cours de l’or en euros et en dollars canadiens. Nous voyons indiscutablement un marché haussier sur l’or dans ces deux monnaies, depuis le début du millénaire. Et pareil pour toutes les monnaies au niveau mondial. Je pense que nous n’en sommes qu’au début, et qu’il ne sert à rien d’étudier les tendances avec une lunette grossissante, en s’arrêtant à des périodes de quelques mois...



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